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OUELLER
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OUÈTURE

   On entend ouelle dans le nord-est de la France, notamment le long de la Moselle et aussi en Belgique.

   OUELLER. (Weller). Voiler: une chaloupe bien wellée; oueller sa barge.
   -OUER. (Prononcé oué); (voir oi). La plupart des substantifs français se terminant par -oir: abattoir, abreuvoir, crachoir, dividoir, dressoir, entonnoir, lavoir, miroir, mouchoir, rasoir, reposoir, tiroir se prononcent oué en Acadie: un abatoué, un tiroué.
   Nous trouvons dortouer dans Joinville, mirouer dans Montaigne, tirouer dans Amyot, maschouères dans Rabelais, etc. Bref, notre prononciation de tous ces mots est celle de la vieille langue.
   -OUÈRE. Les finales des mots français, verbes et substantifs, en -oire se prononcent également ouère, en Acadie: armouère, cibouère, écumouère, glouère, histouère, ivouère, mémouère, purgatôuère, victôuère, bouère, crouère, etc.
   Cette prononciation ne relève pas du patois; c'est l'ancienne prononciation française, la seule bonne autrefois. François de Callières (XVIIe siècle) donne parmi les mots à la mode: écritouëre, touëre, glouëre, histouëre, victouëre. Ces «mots à la mode» sont ceux de la langue française, tels qu'ils étaient prononcés de son temps à la cour (voir ‑oi).

   OUÊTRER. (Wêtrer). Faire la sieste, se reposer en se couchant à l'ombre.
   C'est une expression courante en Acadie: Ouêtrez-vous, mes enfants, une demi-heure, avant de reprendre votre travail; Il fait trop chaud pour métiver; ouêtrons-nous un élan (un peu de temps).
   Se ouêtrer est le même mot que se vautrer, mais il s'emploie différemment. L'Académie définit se vautrer: «S'enfoncer, s'étendre, se rouler dans la boue». Nous nous ouêtrons sur la
pelouse, sur une couche, voire dans un lit. Certains auteurs anciens donnent à se vautrer le sens qu'il a à l'Académie, et d'autres, celui qu'il a conservé en Acadie: «(Ta génisse) folâtre d'une course viste / Où dessus les saules nouveaux / Se vautre à l'ombre ou près des eaux, / Les flammes du soleil évite». (RONSARD, Ode de la jeune maie d'un sien amy).
   C'est bien ici le sens du mot acadien se ouêtrer. Rabelais (Gargantua) dit dans le même sens: «Chantons, dansons, se voytrons en quelque beau pré». Et Arthur: «S'il voutret en lor liz jusqu'au jor»; Et Délie, [objet de la plus haute vertu]: «Seul avec moy, elle avec sa partie, / Moy en ma peine, elle en sa molle couche, / Couvert d'ennuy je me voultre en l'ortie»; Et Contramour, cité par Godefroy: «Se veautrant dans un lit»; «De voir comme il se tient sur son chevet, et se veautre / Tantost sur un costé et tantost dessus l'autre». (JEAN DE LA TAILLE, Le Courtisan retiré).
   Je pourrais citer d'autres exemples de ce mot, employé dans le sens que nous lui donnons.
   D'où vient-il? Possiblement du latin voltulare, mais plus probablement de quelque radical celtique, saxon ou allemand. C'est un mot du peuple, or presque tous les mots réputés bas nous viennent des peuples primitifs qui habitaient les Gaules avant l'invasion des Romains. Celui-ci devaient être d'un emploi universel chez les premiers Francs, comme il l'est aujourd'hui en Acadie puisque nous trouvons vautrement dans l'ancienne langue.
   Victor Hugo a ramassé ce mot et l'a porté jusqu'aux plus hauts sommets de la poésie lyrique: «J'aime la gloire énorme et je veux qu'on m'y vautre».

   OUÈTURE. Voiture. Plusieurs autres mots qui s'écrivent par v à l'Académie se prononcent ou (w) en Acadie. Ouagon, ouètrer, ouelle. Tous ces mots ont subi l'influence des langues saxonne et allemande où règne




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.