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OUI
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OUTARDE

le double v, w en anglais. Ce double v s'appelle double u en anglais.

   OUI. La langue d'oïl, c'est la langue d'oui, distincte de la langue d'oc par la manière d'affirmer. Dans notre prononciation du mot oui, il reste quelque chose de l [mouillé] du oïl antique. Nous disons ouye: «Il est certain qu'on ne prononce pas en tous lieux ni oui, ni oc ou ouc. Et pour dire la vérité, il y a un peu de difficulté à écrire ce mot, selon qu'il est prononcé en divers lieux». (H. ESTIENNE, Precellence [du langage françois]).
   Avec les Berrichons nous disons oui bien pour appuyer l'affirmation: «Oui bien, répondit le marquis, je veux vous consulter sur ce point». (SAND, Les Beaux Messieurs de Bois-Doré).
   -OUR. Quelques-uns font tomber l[e] r final de bonjour, toujours qu'ils prononcent bonjou, toujou.
   Un jour que je voyageais dans les Îles Manitoulines, au nord du lac Huron, en Ontario, où personne ne parle un mot de français, je fus tout surpris et tout ému d'entendre un Sauvage de la tribu des Ojibways me saluer par un Bonjou, bonjou! Ce pur substantif de France, ses aïeux l'avaient entendu de la bouche des anciens missionnaires, et il s'était transmis de génération en génération dans la tribu.
   Brunot nous apprend qu'on disait toujou pour toujours et, sans doute, bonjou pour bonjour dans l'ancien parler de France.

   OURDISSOUER. (Prononcé ourdissoué). Ourdissoir.

   OURS. Nous prononçons ourss [le s se prononce] ainsi que le font un grand nombre de Français. Pour désigner la femelle nous disons: une mère d'ourss.

   OUSQUE. Contraction de où est-ce que. Là où.
   Ce vers de Gabriel Nigond: «Dans la paille où que l'mouton s'vautre»,
on dirait: ousque l'mouton s'vautre en Acadie.
   Ousque tu vas? (Abréviation pour: où est-ce que tu vas?)
   Là oùs que ce marquis est devenu vot' amoureux?» (COLLÉ, [La] Partie de chasse [de Henri IV], acte II, scène III); «Messieurs, excusez l'embarras / Oùs qu'est Monsieur Jérôme?». (VADÉS, Compliment de la clôture de la Foire).
   Je trouve ousse que dans Les Deux Martines de Ducray-Duminil (scène XIV).

   OUTARDE. Oie sauvage du Canada, famille des ansérinés. «Une confusion regrettable s'est produite dans l'emploi habituel, parmi les Canadiens français, du nom populaire outarde, donné à la bernache du Canada. Pour parler correctement, le nom d'outarde s'applique au bustard, espèce d'oiseau de l'ancien monde qui n'a pas son congenère en Amérique. L'outarde est bien plutôt un oiseau de rivage qu'une oie; et il n'y a aucune raison de donner son nom à cette dernière espèce. Le nom français qui convient le mieux à l'oie du Canada (je suppose qu'il entend l'oie sauvage) est celui-là même dont l'emploi a été adopté par la Société canadienne des oiseaux migrateurs, c'est la Bernache du Canada». (TAVERNIER, ornithographe [ornithologue] officiel. Note insérée au bas de la p. 83, traduction).
   Voilà une note explicative qui, à mon sens, n'explique pas grand-chose; qui embrouille plutôt davantage la «confusion regrettable qui s'est produite dans l'emploi habituel, parmi les Canadiens français, du nom populaire outarde, donné à la bernache du Canada».
   D'abord l'outarde, c'est l'outarde; le mot restera parce qu'il a été adopté et confirmé, et par les Canadiens et par les Acadiens, qu'il est d'un emploi universel et qu'il remonte aux premiers découvreurs du Canada.
   Jacques Cartier (2e voyage, 1535) décrivant les oiseaux sauvages du pays




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.