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PENDOREILLE
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PÉRE

tres sens qu'il a chez les Académiciens.

   PENDOREILLE. Pendant d'oreille.
   Pendoreille, en un seul mot, relève de l'ancienne langue. Dans un inventaire, dressé en 1618, on lit ceci: «Deux pandoreilles d'or émayé, ayant chacun dix petits diamants fins».
   Je trouve dans Godefroy: «Ni les carquans ne vous ont point changé votre sage dessein, ni les pendoreilles, ni les délices et bombances de la ville».
   Nous disons aussi boucle d'oreille.
   Le Père Sagard donne à pendoreille le nom d'oreillette.
   Une pièce de vers, non signée, publiée en 1609 et rapportée par E. Fournier dit: «La noblesse aimait la vertu, /
Le noble en étoit revêtu / C'était son clinquant, son panache, / Ses pend'oreille, sa moustache».

   PENDRILLER. Pendiller, suspendre. Le verbe pendiller est intransitif à l'Académie.
   Pendriller est un verbe actif ici: Pendrille donc ça au mur; pendriller son chapeau; On pendrille un cochon après l'avoir tué pour le laisser saigner.
   Rabelais dit: «Couillon pendillant». (Pantagruel); «On l'acusoit que c'étoit lui (Ferdinand de Gonzague) qui fit la pendrerie de Pierre Louis Farnèse». (BRANTÔME, [Vies des hommes illustres et des grands capitaines], «De Brissac»).
   Belleau dit: «J'appendrai... / Et mon bounet et mon chapeau / En ton honneur à c'est ormeau».
   Le mot est resté dans le parler dialectal de plusieurs départements. Dans pendriller on retrouve le r de pendre.

   PENDRILLOCHE. Loque, lambeau qui pend d'un vêtement. C'est un péjoratif qu'on retrouve avec pendioche, pendeloche, pendilloche dans la vieille langue: «L'une la nommait ma petite dille; l'autre mon bandon... ma pendilloche». (Gargantua).
   Pendroille se dit en Normandie pour une gueule sale et pendante.

   PÉNÉRIS. Panaris.

   PÉNILLE. Se dit, chez les Canadiens, pour loque. En Anjou, c'est une grosse étoffe du pays.
   Je n'ai jamais entendu le mot en Acadie, mais il doit y être.

   PERCHAUDE. Petite perche, poisson d'eau douce.

   PERCHE. La perche d'une charrue, c'est la pièce qui relie le coutre avec les traits de l'attelage ou avec l'aiguille.

   PERDRE. Nous disons, comme l'on dit en France, sans doute, mais je ne trouve pas l'expression à l'Académie: La mer perd; à la marée perdante.

   PERDRIX. La perdrix ou caille de l'Acadie n'est pas celle d'Europe. C'est proprement une gélinotte, la gélinotte du Canada. Notre perdrix s'appelle poule des bois en France.
   Nous en avons de plusieurs espèces: la perdrix des bois francs, la perdrix des sapins ou sapinière que les Canadiens appellent perdrix de savanne et la perdrix blanche (le lagopède des saules).
   Champlain, dans la liste dressée en 1632, a confondu nos perdrix avec celles de France.
   Le cri de la perdrix est un tambourinage.

   PÉRE. (Le é est fermé). Père. C'est ainsi que le mot se disait autrefois en France: «On prononça pé-roe, puis pér, et enfin père». (ROSSET). Le provençal a paire, maire qui se prononcent pére, mére.
   Le mot pére s'emploie quelquefois ici comme en France pour désigner le mâle chez les animaux dont le nom n'a pas de terminaison féminine.




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.