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PETI-PETA
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PETIT

   PETI-PETA. Loc. adv. Peu à peu; à petits pas.

   PETIT. Nous avons conservé de l'ancienne langue deux locutions: par les petits et un petit qu'on ne trouve plus dans les écritures depuis le XVIIe siècle.
   Par les petits, perpetita, se trouve dans les Gloses de Reichenau, le plus ancien monument connu de la langue française; et un petit, dans tous les auteurs du XVIe siècle et des siècles antérieurs. Le premier signifie petit à petit, graduellement; le second, un peu, une petite quantité. Ces deux expressions, courantes l'une et l'autre en Acadie, ont le don de mettre en gaieté les Français de France et les Canadiens qui les entendent. Voyons voire s'il y a de quoi.
   Par les petits est composé d'un mot latin, per, devenu par en français, et d'un mot celtique, petit. L[e] a, qui s'ajoute à petit dans perpetita, est le suffixe latin ordinaire des substantifs et des adjectifs neutres au pluriel, car les Romains latinisaient les mots celtiques, puis se les appropriaient, comme nous francisons les mots anglais que nous adoptons, par exemple, troquer, formé sur to truck; traveler, sur to travel.
   Au VIIIe siècle, où furent réunis les mots qui composent les Gloses de Reichenau, l'article ne se plaçait pas encore devant les substantifs indéterminés de sorte que l'on a dit, tout d'abord, per petita ou par petit.
   Le mot est venu jusqu'à nous après avoir ramassé en route l'article les, entré en usage un peu plus tard.
   Nous disons: Il a commencé par les petits; L'ouvrage avance par les petits; Je me débarrasse par les petits de mon stock de marchandise; Le feu s'éteint par les petits.
   Et encore: Donne-moi un petit de beurre; Pour un petit, il se nayait; J'en veux un petit; Veux-tu du fricot? — J'en prendrai un petit; Descends un petit plus bas.
   Les exemples de par les petits sont moins nombreux dans les vieux
auteurs que ceux d'un petit; on en trouve cependant: «Par petit poons estre racordeit à Lui, par petit, dé; ne mies senz penitence totevoies, mais par ce di par petit», Par les petits nous pouvons être reconciliés à Lui, par les petits, dis-je, mais non sans pénitence, toutefois, etc. (Sermons de saint Bernard).
   Les exemples de petit et de un petit, pour un peu (peu et petit pourraient bien remonter au même radical primitif) abondent; il n'y a que l'embarras du choix.
   De la Chanson de Roland: «A bien petit qu'il ne pert le sens»; de la traduction de la Passion: «Lo parax, un petit après dissent à Pierron», (Pareillement un peu à près ils disent à Pierre).
   De Gormont et Isembart (XIe siècle): «Jeo n'ai trenchiet (trenché) que l'alquetun / Et un petit del peliçun» (pelisse); du Test[ament] de Jean de Meung: «Car menjue s'acoise (s'appaise) gung petit la grate»; de Sainte-Maure, Roman de Troie: «Mais mout lor a petit duré»; de Perceval: «Petit après voit issir les 5 chevaliers»; du Couronnement de Louis: «Ge te cuidoë (pensais) un petit chastier»; de La Tour: «La femme qui voit que son mari est un petit jaloux d'elle»; de Villehardouin: «À laïe (aide) de Dieu Nostre Seigneur petiz dura cil estoriz (escarmouche)»; de Joinville: «Elle se portit de illic (là) et ne tarda que un petit»; de Dolopathos: «Del' respondre un petit se tarde»; de Froissart: «Madame la reine et les supérieurs leur prierent assez de demeurer encore un petit de temps»; «Le Roy attendit un petit»; «Après qu'ils eurent bu et mangé un petit... ils se délogèrent de là»; «Nous vous parlerons de Messire Hugh un petit»; «Un petit après on commanda», etc.
   De la Panthère d'Amour: «Si m'approchai dex un petit»; de Courtois d'Arras: «Sur un petit de raverdie, / Qui eust un cambon salé...»
   De Elie de S[aint] Gilles: «Attendez un petit, g'irai à lui combattre»; de La Fille du comte de Pontieu: «Petit




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.