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PIGER
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PINCAN

   PIGER. Prendre à même dans le tas.
   Ce mot a été employé par M. Talandier dans l'enceinte parlementaire à Paris, ce qui prouve qu'il n'est pas inconnu en France. C'est un terme argotique, d'origine celtique ou saxonne, se rapprochant de l'anglais to pick.

   PIGNOCHER (Se). Se dit chez les Canadiens ou plutôt chez les Canadiennes pour s'attifer, se repimper: «Dans le langage des peintres et des critiques, pignocher c'est peindre minutieusement en revenant souvent à des petits coups de brosse ou de pinceau sur des parties déjà faites et en les finissant à l'excès». (LITTRÉ, Supplément).
   Apignaulder s'est dit, en vieux français, pour se peigner. Godefroy croit que pignocher signifie peigner dans l'ancien parler. L'extrait suivant, pris dans La Tour, semble lui donner raison: «Elles mettent grant peine à elles pigner et à écouter les jangles des fols».

   PIGOUILLER. Fouiller avec un bâton ou une perche. M. Carbonneau, des Îles-Madeleine, me donne cette définition du mot pigouiller: On pigouille la vase avec une perche ou un bâton: Les enfants pigouillent dans les ruisseaux pour y découvrir des grenouilles ou en déloger les poissons. Au figuré pigouiller un homme, c'est le sonder, lui tirer les vers du nez.

   PIGROUIN. Rognon. Le mot s'applique surtout aux animaux. Pigrouin semble se rattacher à l'anglais loin, rognon.

   PILER. Se dit aussi pour tasser: piler du foin, l'assaper. Il reçoit encore ici et au Canada d'autres applications que je ne trouve pas dans le Dictionnaire: Piler sur les pieds de quelqu'un, c'est lui marcher sur les pieds. Les Canadiens disent: piler du bois pour empiler du bois. Ils ont aussi le jeu: piler du poivre.
   PILLER. Nous crions à un chien: Pille, pille! (l mouillé) pour l'exciter à attaquer un animal ou à prendre un gibier. On disait en vieux français: piller patience pour prendre patience. «Quand le chasseur croit que son chien la pille (la perdrix), / Elle lui dit adieu, prend sa volée et rit / De l'homme qui, confus, des yeux en vain la suit». (LA FONTAINE, [Fables], Les Deux Rats, le Renard et l'Oeuf); «En passant près d'un moulin, / Le meunier a pillé son chien». (VERRIER [et ONILLON], Glos[saire des patois et des parlers] de l'Anjou).
   Le mot est à l'Académie, mais on ne le trouve guère ailleurs aujourd'hui.

   PILOT. Pile, tas, morceau: un pilot de bois cordé; un pilot de morues; un pilot de fumier; «Faites apporter de grands mairains ouvrés en manière de piloz et heurtez aux murs». (FROISSART).
   Palsgrave traduit pilot par: «Pyle to be set in a fauty grounde». C'est un mot de la vieille langue: «Un pilo de bois pour la journée». (Jacquou le croquant).

   PIMBINA. D'après l'Abbé Casgrain, c'est le fruit du viburnum. Le Père Lacasse nous dit que c'est une corruption de pipey-binao.

   PIMPER (Se). Se vêtir avec recherche: Comme tu t'es pimpé ce matin!
   Le français officiel n'a gardé de ce joli mot que le participe présent, pimpant, et encore le Dictionnaire ajoute-t-il, qu'il «est familier et ne s'emploie que par plaisanterie».

   PIN-BLANC. Le Dr Dionne nous dit que c'est le peuplier du Canada.

   PINCAN. Plat composé de patates, de lard et de poulet mélangés et cuits dans une casserole. Correspond à peu près au chiard des collèges bas-canadiens, avec le poulet en plus.
   Je n'ai entendu le mot qu'à l'Île-du-Prince-Édouard.




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.