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PIQUET DE BOUCHURE
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PIROUNE

   PIQUET DE BOUCHURE. (Nous disons bouchure pour clôture). Pieu planté à l'extrémité de chaque pagée de clôture et servant à assujettir les lices. Ils sont plantés, tantôt verticalement, et alors ils sont liés l'un à l'autre avec des harts ou oriortes, et tantôt se croisent par le haut à la cinquième lice sur laquelle ils s'appuient. Une sixième lice est posée, à l'entrecroisement, qui les fixe, et les empêche de s'ouvrir.
   Sans les piquets qui les assolident, le vent déboulerait les pagées de clôture.
   Les piquets jouent un grand rôle dans la construction de nos bouchures.
   Le piquet de clôture n'est guère connu en France aujourd'hui. On a en oublié jusqu'au nom: «Les lauriers débordaient la clôture d'épines de chaque côté des montants». (BAZIN, Les Oberlé). Ces montants sont nos piquets.

   PIQUEUX. Chez les pêcheurs, un piqueux est celui qui fend le ventre de la morue et lui coupe la gorge.
   À terre, c'est celui qui dégrossit un tronc d'arbre avec une hache, en préparation à l'équarrissage. Maintenant que nous avons des moulins à scie, il n'est guère question de piqueux et de piquage.

   PIRE. Pire, adjectif, se dit souvent pour pis, adverbe: de pire en pire pour de pis en pis; tant pire pour tant pis; c'est tant pire pour lui.
   Cette manière de dire remonte aux origines de la langue: «Toujours allant de mal en pire». ([Le Livre des] 100 ballades, appendice, 2c); «Car je pourraie bien tant dire / Qu'il m'en irait de mal en pire». (Roman de la Rose, v. 8112); «Je ne suis pas pire que j'étais». (SÉVIGNÉ?).
   On dit vulgairement: Je ne suis pas trop pire aujourd'hui pour je me porte assez bien. Ce trop pire rappelle le magis utilior du latin populaire.

   PIRON. Petit de l'oie ou plutôt de la piroune, comme nous disons ici.
   L'herbe-aux-pirons, en Anjou, c'est la petite ciguë, ainsi nommé parce que les oies en mangent impunément.
   «Un piron, mot poitevin, oiseau ausarille». (Trésor des trois langues, cité par Godefroy).
   Les Angevins disent: Il est comme un piron fou.
   En Languedoc, c'est biron, féminin birette que l'on dit. (voir piroune).

   PIROUNE. Oie adulte; c'est le nom générique de l'oie. Le petit de la piroune s'appelle piron.
   On entend le mot piroune dans plusieurs provinces de France avec des variantes toutefois. En Anjou et dans les départements de l'ouest, c'est comme ici piron et piroune; en Berri, biron et biroune; dans la Basse-Bretagne et en Normandie, pirot et pirotte. Pirotter, c'est crier comme une oie en Picardie.
   On trouve pirolus dans Du Cange. D'après le docteur Dionne, les Canadiens disent pirouche.
   J'ai relevé le mot piron dans la vieille langue, notamment dans l'Ancien Théâtre français (vol. II, p. 395).
   M. Barbeau a entendu des habitants du nord du fleuve Saint-Laurent parler de piron et de piroche. Bref, piron, dont certains se moquent, est incrusté dans la langue. Piron, l'auteur dramatique et satirique, tient-il son nom patronymique de l'oison, ou celui-ci tire-t-il le sien d'une famille humaine de ce nom? La dernière hypothèse paraît la plus vraisemblable historiquement: «La coutume de donner des noms propres à différentes espèces d'animaux subsiste encore dans nos campagnes. Il est très commun d'entendre appeler un âne Martin, une chèvre Jeanneton, une oie, Margot». (ROQUEFORT).
   Or la famille des Piron remonte très haut dans la chronologie de France: «L'histoire des fées de Piron se rattache aux invasions des Normands. Elles s'envolent, à leur approche, sous forme d'oiseaux sauvages, du château de Piron». (LE HÉRICHER, p. 167).
   Que dire alors de Byron, le grand poète romantique d'Angleterre?




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.