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POINT
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POISSON

sus, vir strenuus, homme poilu, homme fort.
   L'homme courageux, au dire de nos gens, est celui qui n'a pas de poil aux mains, mais aux pattes.
   Il est à remarquer que le terme poilu, appliqué aux héros qui ont gagné la Grande Guerre, eut d'abord quelque chose d'offensif en France pour les soldats eux-mêmes. Il était mal vu surtout des femmes. Le mot apparaît, pour la première fois, dans le Dictionnaire grammatical [de la langue française] de 1761, dont l'auteur [Feraud] reste douteux. L'Académie ne le recueille que dans sa cinquième édition, celle de 1798. Antérieurement, c'était pelu ou vélu. Poilu vient directement de poil et cela lui nuit dans la bonne société des mots.
   Le vieux français avait pellous. Pellou et poilou, c'est à peu près le même mot.

   POINT. Pointure: Quel point prenez-vous pour votre chaussure?, pour vos gants?

   POINTE. Trait piquant, mordant; insinuation blessante: Il n'a fait que me tirer des pointes; C'est une pointe que vous me tirez.
   Le mot est plus énergique ici qu'il ne l'est à l'Académie.

   POINTE DU JOUR. L'aurore. L'Académie autorise la pointe du jour et le point du jour.
   Ils disent la pique du jour en Berri.
   Balzac, celui du XVIIe siècle, était indécis entre les deux. La pointe du jour et le point du jour sont également bons. «Il semble que la pointe du jour soit plus universellement bon, parce qu'on dit la petite pointe du jour (expression également en usage ici) avec grâce et que l'on ne pourrait bien dire le petit point du jour». (CHAPELAIN, Lettre à Balzac).

   POISON. Subst. fém. Prononcé poézon. Ce mot a été féminin, comme ici, jusqu'au commencement du XVIIe
siècle. Il l'est encore parmi le peuple de France, aussi bien qu'en Acadie et au Canada.
   On le trouve partout au féminin, dans les vieux auteurs, même dans Malherbe. «Une poison puissante». (MONTAIGNE); «La poison amoureuse». (RONSARD); «Je n'ay membre sur moy, nerf, ni tendron, ni veine, / Qui ne sente d'amour l'amoureuse poison». (BELLEAU); «Ils veulent, malgré la raison, / Qu'on dise aujourd'hui la poison». (MÉNAGE, Requestre des dictionnaires).
   Poison s'est dit, en vieux français, pour potion, médecine: «Et lui convient de boire poisons». (DESCHAMPS, vol. V, p. 81).
   Poison et potion ont été formés, l'un et l'autre, sur le latin potio, féminin. Pourquoi l'Académie veut-elle que le premier soit masculin et le second féminin? Mystère.

   POISSON. Ce nom générique se rétrécit souvent au Nouveau-Brunswick au sens de hareng, parce que le hareng fut longtemps dans les années qui suivirent le Grand Dérangement, avec les patates, la principale, l'unique nourriture des malheureux expatriés.
   C'est ainsi que viande s'est dit autrefois, en France, pour nourriture, parce que les guerriers en étaient souvent réduits à ne se nourrir que de chair d'animaux. «Ce n'est que vers la fin du XVIe siècle que viande a pris le sens spécial qu'il a aujourd'hui». (LITTRÉ, Supplément). Pour la même raison, blé en Berri se dit pour toutes sortes de froment.
   De la boisson, pour les Gallois, c'était du ale parce que c'était la boisson commune, surtout pour les guerriers. On dit encore boisson pour boisson forte en Acadie: souvenir lointain, sans doute. Pour un Bas-Normand, la boisson c'est le cidre.
   À Rome, on a appliqué le mot vindemia, où entre le mot vinum, à toutes sortes de récoltes.
   Argent se dit, tant en France qu'ici,




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.