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POUSSINIÈRE
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PRÉE

   POUSSINIÈRE. Constellation des pléiades.
   Je cite ce mot, quoiqu'on le trouve à l'Académie, parce que pléiade est un terme totalement inconnu ici: «Que font tous ces vaillans de leur valeur guerrière /    Qui touchent du penser l'estoile poissonnière?» (RÉGNIER, [Satires], «Satire VI»).

   POUTINE. Nous tenons et le mot et la recette des Anglais: pudding. Poutine est d'un emploi universel en Acadie.
   En faisant de pudding poutine, le peuple, qui possède bien mieux que les grammairiens le sens esthétique de la beauté verbale, a changé le d en un t, consonne plus sonore.
   Du même primitif, les scribes ont fait, pour la langue savante, poudinge que les minéralogistes ont accaparé pour désigner le conglomérat. Au regard de poutine, poudingue est flasque et laid.
   Nous avons la poutine râpée, sorte de plat national où entre surtout de la râpure de pommes de terre et du jeune lard frais. La poutine râpée est la pièce de résistance du réveillon de Noël.
   Une grosse poutine se dit, au figuré, d'une femme compacte et lourde.

   POUVOIR D'EAU. Pouvoir hydraulique. Traduction littérale de l'anglais water power. Pouvoir d'eau est tout français; pouvoir hydraulique est à moitié grec.

   PRATIQUE. Nous disons: Cet avocat a dix ans de pratique; Ce médecin en a vingt; Il a une grosse pratique (clientèle); «Advocats, laissez vos praticques». (COQUILLART, Les Droitz nouveaulx).
   Influence de l'anglais: practice.

   PRATIQUER. Absolt. Exercer une profession, la loi, la médecine, par exemple: Il pratique à Moncton; Il attend d'avoir passé ses examens pour pratiquer.
   Pratiquer ne se dit, absolument, en
France qu'en parlant de religion: Cet homme ne pratique pas, ne fait pas sa religion. S'il s'agit d'un médecin ou d'un avocat, on dit: pratiquer la loi, la médecine.
   Exercer remplace, en France, notre mot pratiquer.

   PRÊCHER. Prier avec insistance, solliciter: Il m'a prêché pour que je reste à dîner; Il m'a tant prêché que je le lui ai donné; Elle se fait prêcher pour chanter.
   Le compelle intrare de l'Évangile se traduirait très bien par: Prêchez-les pour qu'ils entrent. Nous disons, d'ailleurs, prêcher quelqu'un aux noces.
   L'Académie ne relève pas cette acception du mot.
   «Ajoutons les paroles de la foi à cette triste cérémonie, qui, sans cela nous prêcherait en vain». (MASSILLON, [Oraisons funèbres et Sermons], «Oraison funèbre de Louis XIV»).

   PRÊCHEUX. Pour prêcheur: C'est un bon prêcheux. L'Académie nous avertit que le mot prêcheur ne se dit que par ironie, en France. Il se dit très sérieusement ici pour prédicateur.
   «Clergesse elle fait ja la leçon aux prescheurs». (RÉGNIER. [Satires], «Satire XIII»).

   PRÉE. Pré. Le mot est féminin en Acadie: de la prée; une belle prée, la Grand-prée, la Prée-d'en-Haut sont des noms de localités.
   L'ancienne langue avait pré et prée, le premier formé sur pratum, et le second sur prata, pluriel de pratum: «Il l'abat mort devant lui en la prée». (Chanson de Roland); «Lors m'en allai parmi la prée, tout le rivage costoiant». (Roman de la Rose); «Il faucha plus de la moitié de la prée». (Rapporté par La Curne [de Sainte-Palaye]); «Lou destrier abati devant lui an la prée». (Orson de Beauvais, v. 3563); «Font courir les ruisseaux dedans les verdes prées». ([D']AUBI-




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.