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RAI
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RAINSÉE

   Il semble que le radical de ce mot est graine, raguerner étant la métathèse de ragrainer.

   RAI. Rayon: «Ray. Beame of the soune». (PALSGRAVE); «Car il vit un rai de soleil». (Tristan); «Li rai dou soleil en estoit tout encombré». (FROISSART). Il [l']épelle aussi raie.
   «Comme une belle rose est l'honneur du jardin / Qui aux rais du soleil est éclose au matin». (RONSARD, Églogues III).
   Ailleurs (Odes, liv. Ier), il parle de la rayeur du fer.
   «Estre l'honneur de France, ainçois de tout le monde / Et l'aube de la court, le beau rais de son oeil». (BRANTÔME. Poésies à Mlle de Breuil).
   Nous prononçons rai, tel qu'on le trouve dans les vieux auteurs et tel que les Anglais l'ont conservé: a ray of the sun.
   Le Dictionnaire dit que le mot rais est inusité dans la prose et qu'il est vieux en poésie, ceci pour se conformer à Vaugelas qui déclare oraculairement que: «Rais, pour rayons, ne se dit plus de ceux du soleil, ny en vers ny en prose, mais seulement de ceux de la lune».
   Tout le monde au XVIIe siècle ployant devant Vaugelas, La Fontaine a «les rais de la lune», mais il n'ose apparemment pas dire les rais du soleil.
   «Le soleil qui commence à luire, / Ne te brûlera point dans la chaleur du jour, / Et quand la lune aura son tour, / Ses rais les plus malains ne pourront plus te nuire». (CORNEILLE, Traduction du psaume CXX [des Psaumes]).
   Rai, en roman, est un trait de lumière, soit du soleil, soit de la lune, soit de tout autre corps luisant.
   Le mot latin sur lequel il a été formé, radius, donne régulièrement rai.

   RAICHE. Rude au toucher, âpre. Le même sens que râche: avoir les mains raiches.
   En France: âpre au goût.
   RAIDE. Nous disons: Ça prend tout son raide pour lever ce fardeau; Il le lève, mais il en a son raide, c'est-à-dire, il faut qu'il y mette toute sa force; «C'était un raide jouteur». (MONTAIGNE); «Le raide, en Anjou, est le côté convexe d'une pièce de bois». (VERRIER [et ONILLON]).

   RAIE. Subst. fém. Rais. Pièce qui rattache la jante au moyeu d'une roue.
   L'Académie fait le mot masculin: rais. Pourtant il vient de radia, forme féminine de radius. Rayer; rayonner: Le soleil lui raye dans la face. Ce mot, avec le sens que nous lui donnons, appartient à l'ancienne langue. L'Académie, on ne sait trop pourquoi, l'a rayé, ce qui fait que les auteurs ne l'emploient jamais. Nous l'employons couramment.
   Rayer, c'est émettre des rais lumineux, nous dit Godefroy, avec exemples à l'appui: «Desor ax raioit le soleil». (Floire et Blancheflor); «Fille, à Dieu vous commant, par cui li solans raie». (Berte [au grand pied]); «S'estant esveillé en sursault tout émeu du bruit et de la clarté de la lune qui rayoit dedans la chambre». (AMYOT). On dit une rayée de soleil en Berri.

   RAIN. Nos pêcheurs disent un grain de vent ou tout simplement un grain pour une bourrasque de vent. J'ai aussi entendu, je crois, un rain de vent.
   Rain se rattache a l'anglais rain (prononcé réne), épelé rayne par Palsgrave. Ce mot, quoiqu'on le trouve dans la basse latinité, est d'origine scandinave. C'est des langues du nord que les Latins l'ont pris pour se l'assimiler: «Lors prinnent-ilz ung petit rain d'espérance». (La Fille du comte de Pontieu, vers le milieu du XVe siècle).

   RAINSÉE. Volée de coups de bâtons ou d'horiotes. Ce mot appartient à la vieille langue: Je lui ai donné une rainsée dont il se souviendra; «Jehan le Vasseur... dist au dit Regaudin qu'il




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.