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RAVAGNEUX
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RAZE

   RAVAGNEUX. Revêche, grondeur.

   RAVAUDAGE. Se dit aussi pour bavardage: «Voilà un billet de l'abbé Arnould: La première page est un ravaudage de rien». (SÉVIGNÉ).
   Brantôme ([Vies des dames illustres], «Anne de Montmorency») a ravauder presque dans le même sens.

   RAVAUDER. Comme à l'Académie. Aux Îles-Madeleine, on dit de quelqu'un trouvé se promenant sans but, la nuit, qu'il ravaude.

   RAVENELLE. Moutarde à fleurs jaunes.
   Le mot est bien connu en France. On y trouve même des radis-ravenelles. En tout cas, c'est de la France que nous le tenons.
   «Ravenel: The raddish root». (COTGRAVE); «Les héliotropes sauvages et les ravenelles y croisaient leurs parfum». (DUMAS, Le Vicomte de Bragelonne).

   RAVENIR. Nous disons: Ça lui ravient, comme l'on dit en France: Ça lui va, ça lui revient; Sa figure me ravient; Son allure ne me ravient pas.
   Aussi faire une chose avec élégance: Ça lui ravient de servir au choeur.

   RAVER. Frayer, en parlant des poissons.

   RAVESTON. Morceaux décousus, sans suite; fioritures.
   On dira, par exemple, de quelqu'un qui chante des parties détachées d'une chanson ou de toute composition musicale: Il nous en a chanté des ravestons.

   RAVOIR. Avoir de nouveau. L'Académie limite l'emploi de ce verbe à l'infinitif: ravoir.
   Nous l'employons, ainsi que nos cousins du Berri et de la Touraine au temps passé: On lui a enlevé son cheval, mais il l'a réu.
   RAYER. Luire, rayonner. Le mot s'emploie également comme à l'Académie: Le soleil me raye dans les yeux, m'aveugle de sa lumière; Il fait beau, le soleil raye; Le soleil raye dans la maison.
   On trouve le mot avec ce sens dans presque tous les anciens auteurs: «Si vestiment ausi reluisent / Et res-plendissent com la raie (le rayon) / Qui au matin en esté raie». (Miracles de Notre-Dame, v. 194); «Le Dieu qui fit la rose en mai, / Le Dieu par qui le soleil raie». (Chanson de geste); «Le temps a laissé son manteau / De vent, de froidure et de pluie, / Il s'est vestu de broderye / De soleil raiant cler et beau». (OR-LÉANS, [Rondeaux et autres poésies], ballade).
   Marot donne aussi quelquefois au mot le sens d'éclairer, briller.
   Henri Estienne (Precellence [du langage françois]) en étend la signification davantage: «Si durement qu'il lui fit le sang rayer par la bouche et par le nez»; «Pour les rais ensemble amasser, / Quant li solanz reflambeianz / Est seur les mirouers raianz. (Roman de la Rose, v. 18171); «Jusqu'à ce que, au lendemain, l'ont veist la clarté du solleil raier». (Perceval).
   Quelques auteurs contemporains reprennent le mot: «Le soleil rayait fort et tombait d'aplomb». (LE ROY, [Jacquou] le croquant).
   On dit raire, quelque part en France, pour rayonner faiblement. René Bazin, dans Le blé qui lève (p. 191), nous parle de «la grande rayée du soleil».
   Rayonner a été formé sur rayer, dont il est le fréquentatif.

   RAYURES. Se dit aux Îles-Madeleine pour des morceaux de linge, des guenilles dont on fait des courtepointes et des prélarts.

   RAZE, RAZIÈRE. Radoire. Planchette dont on se sert pour enlever le grain qui dépasse la mesure, le rader. De raze, nous avons le verbe razer ou raser, même sens.




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.