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SAUCIER
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SAUVATION

   La Fontaine dit: «Crois-t-elle que toujours j'en veuille user ainsi? / Je suis son humble servante».
   Chez le populaire de France, un serviteur était autrefois, peut-être l'est-il encore aujourd'hui, un amant, c'est-à-dire, un amoureux.
   Serve, ancienne forme du mot serviteur, retenait, dans l'ancienne langue, son sens étymologique d'esclave, servus en latin: «Je demeure votre serve et mon fils votre serf à toujours». (FROISSART, La Comtesse de Hainaut à la reine d'Angleterre).

   SAUCIER. Saucière. C'est le mot anglais saucer, francisé.

   SATRE, SATRÉ. Satré, substantif, est un jurement blanc confinant à une exclamation.
   Sur le cours de la Moselle un satré est un lutin habillé de rouge qui hante les écuries.
   Ici, satré est un adjectif: un satré chien.

   SAUMATE. (Ate bref, comme si le mot était écrit saumatte). Saumâtre, fade, insipide. J'ai aussi entendu saumade.
   Les pêcheurs de Normandie disent saumacre.
   Rabelais emploie le mot saumatte comme substantif: «Saumattes déifiques». (Pantagruel, liv. V, chap. XXIII); «Saumattes belles et bonnes». (chap. XLIII du même livre).
   La Curne [de Sainte-Palaye] traduit saumatte, substantif, par «mets fait avec de la viande de porc».
   Saumâtre et saumatte ont apparemment des primitifs différents. L'un vient du latin salmastrum; l'autre paraît venir des langues germaniques ou celtiques.

   SAUTE-MOUTON. Jeu d'enfants qui consiste à sauter les uns par dessus les autres, en se tenant recourbés.

   SAUTER LES RAPIDES. C'est descendre les rapides sans faire por-
tage. Un canot saute les rapides quand il les descend avec son chargement, hommes et bagages: Le steamer a sauté les rapides de Lachine.

   SAUTEUR DE COMPTOIR. Petit commis; jeune homme peu considéré.

   SAUTRINER. Fréquentatif de sauter, sautiller: Je n'ai pas pu tirer mon lièvre, il sautrinait.

   SAUVAGE. Nom générique, mais impropre, donné aux aborigènes de l'Amérique, à quelque tribu qu'ils appartiennent.
   Ces prétendus Sauvages avaient, à l'arrivée de Jacques Cartier et des autres civilisateurs d'Europe, Anglais, Espagnols et Portugais, leurs délimitations géographiques correspondant aux royaumes et aux empires de l'Europe, leurs nationalités distinctes les unes des autres et leurs manières de vivre qui, en bien des cas, valaient celles des Blancs. On trouvera, à la fin de ce glossaire, la liste à peu près complète, des mots souriquois, micmacs et abénaquis — noms des principales tribus aborigènes qui habitaient le territoire de l'Acadie, à l'arrivée des Français — qui sont entrés dans la langue des Acadiens. [L'auteur n'a pas ajouté cette liste à la fin du glossaire.]
   Dans certaines familles, on prononce chauvage, à la manière auvergnate.
   Dans plusieurs localités, ce sont les Sauvages qui apportent les petits enfants. Les Anglais les font apporter par le stork [la cigogne].

   SAUVATION. Salut. Sauvation se dit des choses temporelles et salut, des choses spirituelles. Salut nous vient des missionnaires.
   Salvation était un terme de droit dans l'ancienne langue, signifiant réserve. Je trouve le mot dans l'Ancien Théâtre français (IV, p. 377). Les Anglais ont conservé le mot salvation: Salvation Army, l'Armée du Salut.




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.