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SEGOND
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SÉPARER

en France qui eût du secret», c'est-à-dire, de la discrétion. Et comme Molière ([Le] Dépit amoureux, acte II, scène I): «Ascagne, je suis fille à secret».
   On trouve dans Oudin: «Secret comme une trompette. Tous les secrets se prononcent, ou, en tout cas, se prononçaient segret».

   SEGOND. Second. Nous disons: Segonder, segondement. On prononce comme nous en France.

   SEIGLE. Subst. fém.: de la seigle.
   On trouve seigle au féminin dans de vieux mémoires français. Il l'est encore dans plusieurs départements de France. On a dit aussi de la saille, en vieux français, et de la sayle.
   Nous trouvons la blée pour le blé, dans Eust. Deschamps (vol. IV, p. 270). La Fontaine écrit la chanvre ([Fables], L'Hirondelle et les petits Oiseaux) pour le chanvre.

   SEILLON. Sillon: un seillon de charrue; un seillon de patates.
   C'est l'ancienne manière de prononcer le mot: «Sept seillons de terre». (DU CANGE). «Arer un seillon de terre». (Roman de Renart). «Jouhan Chantin donne à l'abbaye de Saint-Serge seix seillons de terre». (Cité par Verrier [et Onillon], Gloss[aire des patois et des parlers] de l'Anjou).
   S'entend aussi pour seuil: le seillon de la porte.
   Un vieux navigateur m'a dit un jour qu'on ne pouvait sortir de la rade qu'en passant par le seillon de la basse.
   «Seillon — A ridge or high furrow». (COTGRAVE).

   SEINER. Pêcher à la seine.

   SELLE (À). À cru. Nous disons aller à selle comme l'on dit à l'Académie, aller à poil, aller à cheval: «Et montèrent es seles des destriers sejournés». (Élie de S[aint] Gilles); Êtes-vous venu à pied? — Non, je suis venu à selle.
   On dit à l'Académie: courir à toutes selles.

   SEMELLE. Nous disons: Être en semelle de bas pour n'avoir que ses bas dans les pieds.

   SEMENCES. Semailles. Le temps des semences.

   SENAQUE. (Prononcé snaque). Régal.
   Ce mot nous vient, je crois, directement de l'anglais snack, même sens, mais le vieux français avait sénacle dérivé de cenaculum, lieu où l'on se réunissait à Rome pour faire une coena, un repas.
   J'ai fait un senaque d'une douzaine d'huîtres qu'on m'a envoyées; Nous avons eu un véritable senaque pour dîner; «Cenacle. Terme consacré pour dire le lieu où l'on mange». ([Dictionnaire de] Richelet).

   SENS (D'un). Loc. Sous certain rapport; à certains égards: D'un sens (prononcé sen), ce que vous me disez là est raisonnable.

   SENTIMENT. Flair, odorat. Du verbe sentir. C'est l'emploi du mot au propre.

   SENTIR. Fait sentu au passé: «Ils les ont sentu au flayrer». (Les Quinze Joyes de mariage); «Quand Partonopex l'a sentue». (Partenopeus [de] Blois); «Si vous avez sentu ses secretz quelque jour». (BRANTÔME, Poésies); «Duquel l'odeur fut loing Sentue». (DESCHAMPS, [Poèmes], «2e Ballade», vol. I).
   Nous disons aussi d'une personne détestée: Je ne peux pas la sentir.

   SÉPARER. Nous disons séparé d'avec, et non pas séparé de: Il est séparé d'avec sa femme; «Ma haine avait le choix; mais cette haine, enfin, / Sépara son vainqueur d'avec son assassin». (CORNEILLE, Pompée).
   Nos frères séparés: les protestants.




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.