page



SUISSE
- 408 -
SUPERLATIF

de périls sont à suir la cour». (DESCHAMPS). Ce poète intitule sa CCLXXVII ballade [Poèmes]: «Comment garder justice et suir les armes». Froissart intitule un chapitre de ses Chroniques: «Comment le Connetable de France et sa route (troupe) poursuirent (poursuivirent) Messire Philippe de Navarre».
   Remontons plus haut: «Venez tout à votre aise, et ne vous chaille ja de moy suyr». ([Les] Cent nouvelles [nouvelles]); «Ils ne swirent pas la vie ne les veis le père, mais turnèrent à avarice». (Traduction du Livre des Rois, chap. 8, v. 1); «Le nauvré trestoudis fuioit / Et son compains qui le suioit». (Roman de Renart). «Et suissent tuit (tous) les bannières de leur Chevetaines». (GRÉGOIRE DE TOURS)
   «La vus suirat». (Chanson de Roland); «Or suirai mon propensement». (F[loire] et Blanch[eflor]); «Car Henri les suioit tousjors en combattant». (DU GUESCLIN). «Si tu prises ton fait beaucoup... n'en sient pas que nous». (GASTEL, Exposition sur la vérité mal prise). On trouve aussi assuir, sievir, sièvir, seivir, sewir, suivir, sievyr, suyr en ancien français.
   «Ta volonté faire et suir». (Roman du S[aint]-Graal). On trouve sieuir dans la VIe de la Réponse aux 100 Ballades.
   On trouve ailleurs dans [Le Livre des] 100 ballades, entresieuir pour poursuivre, continuer. Du latin: sequi.

   SUISSE. Désigne un protestant de langue française. Terme injurieux.

   SUIVANT (Garçon). Jeune homme qui accompagne le marié à une noce: garçon suivant; fille suivante.
   On dit simplement le suivant, la suivante aux Îles-Madeleine. C'est le best man des Anglais.

   SUPERLATIF. Tout superlatif, sauf en ce qui regarde la divinité et la Vierge Marie, est une exagération. Aucune femme n'est la plus belle au monde; aucun homme, le plus spirituel. Aussi le français, langue honnête,
n'a pas de forme verbale qui l'exprime.
   Le latin qui «dans les mots brave l'honnêteté», a la finale -issime, illustrissimus, reverendissimus. Cette finale répugne à notre idiome. La première édition du Dictionnaire de l'Académie n'en contient qu'une seule, je crois: généralissime. Généralissime est un hommage personnel à Richelieu, fondateur de l'Académie qui, en 1635, était général en chef des armées du roi de France.
   L'hébreu, non plus, n'a pas de forme superlative. Il dit de Jéhovah qu'il est le dieu trois fois saint, ce que les Latins traduisent par sanctissimus, et nous par très. Très est aussi la traduction française de trans.
   David, pour dire comme la barbe d'Aaron était longue, chantait: «Barbam, barbam Aaron». Nous traduirions: avait la barbe longue, longue. À l'Académie on écrirait très longue. Des péri-phrases dans les trois cas.
   Le superlatif ordinaire ne suffisait pas aux adulateurs des grands à Rome. Virgile en recule les bornes en s'écriant: «O terque, quaterque beati!» Rabelais se moque doucement de lui et écrit: «Chinon, deux ou trois fois Chinon». La pudeur l'empêche d'aller jusqu'à quatre.
   Parce que la langue française n'a pas de forme verbale qui exprime directement le superlatif, cela ne veut pas dire que nous n'exagérons pas autant que les autres peuples. Seulement, notre manière d'exagérer est souvent différente. Par exemple, nous disons: Il est laid ça fait trembler pour il est excessivement laid.
   L'adverbe assez, prononcé avec un fort accent oratoire, tient souvent lieu de superlatif: Il est assez bon! Cette femme est assez belle! Il vente assez fort! Cette exclamation superlative se rencontre très souvent chez les anciens auteurs. Les traducteurs et les commentateurs ne l'ont pas toujours comprise.
   Assez, forme superlative, nous vient du bas latin. Peut-être pourrait-on la retracer jusqu'à Cicéron.




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.