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FERA (ÇA —)
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FRAIS (À FAUX —)

   FERA (ÇA —). C'est suffisant, c'est assez. Traduction de l'anglais: It will do. La locution est passée dans la langue.

   FÊTE (ÊTRE EN —). Être sous l'influence de la boisson. C'est une locution plutôt canadienne.

   FEU (AVOIR LE — AU VISAGE). Se dit, dans la province de Québec, pour avoir des couleurs, être haut en couleurs.

   FIN (AU —). Très bien, parfaitement fini: Il a fait cela au fin; Je sais cela au fin. Fin, ici, retrouve son acception antique. Nous disons: Le temps est fin, comme en anglais, the weather is fine; L'air est fin, très sec.

   FIN (NI — NI CESSE). Sans cesse; sans répit, ni repos.

   FOIE (MA — DU BON DIEU). Affirmation emphatique: Je te le rendrai, ma foie du bon Dieu. Je crois que ma foie, c'est ma foi: Ma foi du bon Dieu.
   «Par ma figué j'en suis fâché franchement». (MOLIÈRE, [Le] Médecin malgré lui).

   FOIN (DU GRAND —). Du foin de pré, du foin sauvage. Nous disons aussi de la grand'herbe.

   FOIS (DES —). Par fois, quelquefois, si: Des fois, il tombe du haut-mal; Des fois, il me prend envie d'y aller; Des fois qu'on voudrait, ça pourrait se faire; Des fois qu'il y consentirait!; Est-il bon garçon? — Des fois; «Et si ce n'est pas trop dire, il y a mesme des fois que je ne voudrais pas dire qu'il fut arrivé autrement». (VOITURE); «Les choses que tu me dis me donnent des fois comme une envie de pleurer». (SAND). Bataille, dans La Femme nue, fait dire à l'infirmière: «Pardonné... mais si, des fois, madame ne rentrait pas, faudrait-il envoyer ses malles?». Nous disons: des fois qu'il viendrait pour s'il venait, par hasard.
   FOIS (L'AUTRE —). Autrefois: Je vous ai dit, l'autre fois, de ne plus revenir.

   FOIS (UNE — POUR TOUT). (Le t sonne). «Mes jambes vont d'elles-mêmes, comme feraient des ressorts une fois pour toutes remontés». (LOTI, Sur la sombre route). Nous dirions une fois pour tout', en faisant de tout un adverbe.

   FORÇAILLE (AU —). Au pis aller, à toute force, s'il y a absolument nécessité: Je peux, au forçaille, m'en passer pour une journée; Je ne le ferai qu'au forçaille. c.-à-d., si j'y suis forcé; Je lui rendrai son cheval au forçaille.
   Dans cette phrase de Voltaire: «Il se pourrait, à toute force, que Pépin eut donné l'exarchat de Ravennes aux papes», forçaille, mis à la place de à toute force, donnerait absolument le même sens.
   La locution se décompose, semble-t-il, en force et aille du verbe aller.

   FORCE (À —). En grande quantité; après beaucoup d'efforts: «Écoute, bûcheron, arrête un peu le bras. / Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas; / Ne vois-tu pas le sang, lequel dégoutte à force, / Des nymphes qui vivaient dessous la dure écorce?» (RONSARD).
   Nous disons comme Eug. Le Roy, dans Jacquou le croquant: «Enfin, à force, il en vint à bout»; À force de lui montrer, il a fini par apprendre.

   FORT (LE — DE). La plus grande partie de: J'ai dormi le fort du voyage.

   FRAÎCHE (À LA —). Nous disons aussi à la fraîcheur. Au frais: «Le départ du meunier, ayant été résolu, pour le soir même, à la fraîche». ([SAND], Le Meunier d'Angibault).

   FRAIS (À FAUX —). Bâtir à faux frais; coudre à faux frais (faufiler); assembler un habit à faux frais se dit




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.