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  LE GRAND DÉRANGEMENT 45
té à Annapolis en 1729 et en 1730, en les autres districts de l'Acadie. C'est Mascarène lui-même qui confirme cette assertion.

Les ACADIENS, après avoir juré allégeance au roi d'Angleterre, ont fidèlement et religieusement tenu leur serment, à l'exception d'une vingtaine, comme on vient de le voir. Lawrence se prévaut du fait que 300 ACADIENS furent trouvés les armes à la main lors de la reddition du fort Beauséjour le 16 juin 1755, pour les accuser d'être des traîtres. Cependant, il savait très bien que ces habitants français avaient secoué le joug britannique en quittant la péninsule pour se réfugier sur l'isthme de Chignictou, territoire que la France réclamait comme étant sien, et ce faisant, ils étaient devenus sujets français, puisqu'à leur arrivée ils furent obligés de jurer fidélité à Louis XV. Ils n'étaient donc pas des traîtres. On avait forcé leurs pères à rester contre leur volonté sur le sol de la Nouvelle-Écosse, malgré le serment par eux prêté aux mois d'août et de septembre 1714 au roi de France de quitter ce pays et d'aller s'établir en territoire français. En 1749, lorsque le chevalier de la Corne et ses troupes arrivèrent de Québec à l'isthme de Chignictou, un bon nombre des fils issus de ceux à qui on avait refusé d'aller se fixer en terre française, en profitèrent pour aller se mettre sous sa protection. Peut-on les en blâmer? Assurément non. Les fréquentes vexations qu'on leur faisait subir les portèrent à prendre ce parti, et si tous les autres ACADIENS de la péninsule avaient suivi leur exemple, comme l'abbé LeLoutre essaya de leur faire comprendre, la tragédie acadeinne de 1755 n'aurait pas eu lieu, et le Nouveau-Brunswick serait aujourd'hui province française, bien que sous la domination anglaise comme le Québec. Ceux qui blâment le zèle déployé par l'abbé LeLoutre pour la cause française, l'accusent à tort. Ce missionnaire voyait clair dans l'avenir, mais on n'a pas voulu l'écouter.

Loin de moi l'idée de prétendre que les ACADIENS étaient sans défauts, mais ce n'était pas les êtres turbulents et insoumis que leurs détracteurs se sont complu à les dépeindre. Ils n'auraient pas été d'origine latine s'ils n'avaient pas eu entre eux des disputes et même des procès à propos de leurs terres, et c'est précisément le grand défaut que Lawrence leur trouve. C'était un peuple essentiellement moral, religieux et craignant Dieu. Ils ne demandaient qu'à vivre en paix avec ceux qui les gouvernaient, mais ceux-ci ne cessaient de les tracasser, parce qu'ils refusaient de prendre les armes contre les Français et les Sauvages et parce qu'ils faisaient bande à part et ne voulaient pas contracter mariage avec des personnes qui n'avaient pas leur croyance religieuse. Tels étaient nos pères.





Source : GAUDET, Placide. Le Grand Dérangement : Sur qui retombe la responsabilité de l'Expulsion des Acadiens, Ottawa, Ottawa Printing, 1922, 84 p.