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  LE GRAND DÉRANGEMENT 27
CHAPITRE NEUVIÈME.

Correspondance de Lawrence avec les autorités britanniques.

Examinons-là, cette correspondance, elle est fort intéressante.

La deuxième lettre de Lawrence aux lords commissaires du Commerce et des Colonies est du 5 décembre 1753, deux mois après le départ de Hopson. En voici un extrait: "J'en arrive maintenant aux habitants français; ils sont passablement tranquilles au sujet des affaires du gouvernement, mais ils sont excessivement chicaniers entre eux. Cet esprit querelleur démontre un grand attachement à la possession de leurs propriétés, ce qui est avantageux pour la province. Mais il n'y a aucune méthode régulière pour administrer la justice parmi eux, ils restent toujours très inquiets au sujet de leurs procès dont la décision a été depuis si longtemps remise. Il sera très difficile de les admettre en nos cours de justice; n'ayant point prêté le serment d'allégeance, ils n'ont pas DROIT de posséder des TERRES et vos Seigneuries verront facilement les difficultés pour les cours de rendre jugement dans des causes dont les réclamations des propriétaires sont loin d'être prouvées, et dans des causes où les disputes se rapportent au bornage de TERRES qui jamais encore n'ont été arpentées." 39

Lawrence soulève ici un point important, c'est-à-dire que les ACADIENS "n'ont pas DROIT de posséder des TERRES." Dès le 14 mars (N.S.) 1749, Shirley écrivait dans le même sens au duc de Bedford. 40

Le 4 avril 1754, les lords commissaires du Commerce et des Colonies adressent une longue dépêche à Lawrence. Après avoir accusé réception de ses lettres du 20 octobre, du 5 décembre et du 29 décembre 1753, et du 15 janvier 1754, ils ajoutent: "Les remarques favorables du colonel Hopson sur votre caractère et votre conduite ont fait naître chez nous la bonne opinion que nous avons exprimée sur votre compte dans notre lettre à ce digne officier. La prudence et l'activité que vous avez déployées dans les devoirs que vous avez assumés depuis son absence nous prouvent que vous méritez justement cette bonne opinion; nous sommes certains, d'après ce que nous avons constaté jusqu'à présent, que vous saurez maintenir cette bonne réputation par votre conduite future.


(39) Nova Scotia A., vol. 54, fol. 222.
(40) Ibid., fol. 196.




Source : GAUDET, Placide. Le Grand Dérangement : Sur qui retombe la responsabilité de l'Expulsion des Acadiens, Ottawa, Ottawa Printing, 1922, 84 p.