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72 LE GRAND DÉRANGEMENT  
lords du Commerce et des Colonies, qu'on voulait les en chasser pour donner leurs propriétés à des colons protestants de la Nouvelle-Angleterre et d'ailleurs, et c'est encore Lawrence qui nous le prouve par sa lettre du 18 octobre 1755 aux lords du Commerce et des Colonies, où il dit: "Dès que les habitants français seront partis je m'efforcerai d'encourager des colons du continent de venir s'établir sur leurs terres." Et plus loin il ajoute: "Je me flatte d'espérer que l'évacuation du pays par les habitants hâtera grandement l'arrivée de cet état de choses, parce qu'elle nous met immédiatement en possession de grandes quantités de bonnes terres prêtes pour la culture."

Et cette autre lettre, datée d'Halifax le 9 août 1755, publiée d'abord dans le New York Gazette, du 25 du même mois, et ensuite dans la Pennsylvania Gazette du 4 septembre suivant, est, il me semble, assez explicite. Qu'on en juge par l'extrait suivant: "Nous formons actuellement le noble et grand projet de chasser de cette province les Français neutres qui ont toujours été nos ennemis secrets et ont encouragé nos Sauvages à nous couper la gorge. Si nous pouvons réussir à les expulser, cet exploit sera le plus grand qu'aient accompli les Anglais en Amérique, car, au dire de tous, dans la partie de la province que ces Français habitent, se trouvent les meilleures terres du monde. Nous pourrions ensuite mettre à leurs places de bons fermiers anglais, et nous verrions bientôt une abondance de produits agricoles dans cette province."

La vérité, encore, c'est que la grande quantité d'animaux d'espèces chevaline, bovine et porcine que possédaient les ACADIENS, fut pour Lawrence et ses acolytes, dans ce crime, un moyen d'assouvir leur cupidité. La preuve, c'est que le Kaiser qui commandait alors à Halifax a eu le cynisme de l'avouer lui-même, par sa lettre du 18 octobre 1755, aux lords du Commerce et des Colonies, comme suit: "Dans le but de sauver le plus grand nombre possible des bestiaux appartenant aux habitants français, j'en ai placés chez les colons qui ont les moyens de les hiverner."

Voilà les trois principales RAISONS qui furent les véritables causes du Grand Dérangement."





Source : GAUDET, Placide. Le Grand Dérangement : Sur qui retombe la responsabilité de l'Expulsion des Acadiens, Ottawa, Ottawa Printing, 1922, 84 p.