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vi LE GRAND DÉRANGEMENT  
Cent soixante et six années se sont écoulées depuis le Grand Dérangement. Lawrence croyait, en bannissant nos pères, anéantir entièrement la race acadienne; il s'est grandement trompé: nous sommes nombreux aujourd'hui et on est forcé de nous traiter sur le même pied d'égalité que les autres nationalités. Nous avons nos agriculteurs, nos industriels, nos marchands, nos avocats, nos médecins, nos instituteurs, nos inspecteurs d'écoles, nos journalistes, nos députés aux législatures provinciales, ainsi que des ministres, et, au parlement fédéral, nous comptons trois sénateurs acadiens et trois députés. Quelques-uns des nôtres sont fonctionnaires de l'État, à Ottawa, et d'autres sont professeurs aux écoles normales de Truro, de Frédericton et de Charlottetown. Un des nôtres, feu sir Pierre Landry, fut pendant nombre d'années juge en chef de la Cour Suprême, division du Banc du Roi, au Nouveau-Brunswick, et un autre, l'honorable Aubin E. ARSENAULT, a été premier ministre de sa province, l'Île-du-Prince-Édouard, et aujourd'hui il est juge de la Cour Suprême, en sa province natale.

Nous avons, dans la personne de Mgr S.J. Doucet, P.D., de la Grande-Anse, N.-B., et dans celle de l'honorable sénateur Pascal Poirier, de Shédiac, deux des plus érudits du Canada.

Nous avons un clergé acadien modèle, tant séculier que régulier, dont plusieurs docteurs en théologie de l'Université Laval de Québec, et d'autres de Rome. Nous avons plusieurs prélats romains et des grands vicaires. Le Nouveau-Brunswick est divisé en deux diocèses, ceux de St-Jean et de Chatham, et les titulaires sont deux Acadiens, savoir: Nos Seigneurs LeBlanc et Chiasson.

Trois collèges classiques, de nombreux couvents et de multiples écoles dans chacune de nos paroisses répandent le flambeau de l'éducation à la jeunesse acadienne.

Nous vivons en paix avec nos voisins de langue anglaise. Notre population augmente graduellement, tandis que la leur diminue. Les berceaux sont et seront notre force, et c'est là où nous avons l'avantage sur eux. Donc, l'avenir nous sourit.

Pour compléter ce que nous pouvons appeler à juste titre le Grand Arrangement, nous allons ériger, sur un terrain qui nous a été cédé dans le Parc de la Grand-Prée, une église sise à peu près sur l'emplacement de celle de St-Charles de la Grand-Prée, où nos





Source : GAUDET, Placide. Le Grand Dérangement : Sur qui retombe la responsabilité de l'Expulsion des Acadiens, Ottawa, Ottawa Printing, 1922, 84 p.