page



44 LE GRAND DÉRANGEMENT  
ou des parias, et ils ne se gênaient nullement de leur faire sentir lourdement l'arrogance et la morgue qui caractérisaient ces nouveaux arrivés d'outre-mer et du Massachusetts dans le but de s'enrichir. Ils n'ont cessé non seulement de persécuter, d'emprisonner et de maltraiter nos pères et leurs missionnaires parce qu'ils ne pouvaient faire des protestants des premiers, mais ils les ont constamment représentés à Whitehall et à la cour de St. James comme des insoumis, des insolents et des traîtres. Ils peignirent les Acadiens comme les ennemis jurés du roi d'Angleterre. Ces mensonges n'enrichissaient pas les calomniateurs et les diffamateurs, dont les principaux furent les colonels Vetch et Francis Nicholson, le capitaine John Doucet, le colonel Richard Philipps, le capitaine Lawrence Armstrong, le colonel Edward Cornwallis, et le lieutenant-colonel Charles Lawrence, de néfaste mémoire, mais ils enlevaient à nos pères et à leurs missionnaires leur bonne réputation et les discréditaient aux yeux des lords du Commerce et des Colonies, et aussi à la Cour. Mais le pire ennemi des Acadiens fut incontestablement William Shirley, gouverneur de la baie du Massachusetts.

Celui qui veut se donner la peine de faire une étude sérieuse et approfondie des lettres écrites et des longs mémoires faits par ces divers personnages se convaincra facilement que les vers de Shakespeare dont je viens de donner la traduction s'appliquent, à la lettre, aux infâmies débitées sur le compte des Acadiens et de leurs missionnaires.

Ici je fais mien, tant je le trouve juste et exact, ce passage d'un des appendices à la quatrième édition d'Un Pèlerinage au pays d'Évangéline, par l'abbé H.-R. CASGRAIN. Il a trait à la position où se trouvèrent les habitants français de l'Acadie durant la guerre de la succession d'Autriche en Amérique, 1744-1748.

"Les Acadiens qui avaient été soumis à des tromperies et des persécutions de tout genre auraient pu, s'ils l'eussent voulu, secouer leur joug lorsqu'éclata la guerre de la succession d'Autriche. Ils auraient pu dire aux autorités d'Annapolis-Royal: "Depuis que vous avez mis le pied dans notre pays, vous nous avez trompés; vous nous tromperez encore. C'est vous-mêmes qui, par vos continuels manques de parole, nous avez déliés de la nôtre."

D'après mon humble opinion et mes faibles lumières, l'abbé CASGRAIN avait parfaitement raison de parler ainsi.

Mais que firent nos pères? À l'exception d'une vingtaine, tant de Port-Royal que des Mines - c'est le chiffre que nous donna Mascarène - ils restèrent tous fidèles au serment qu'ils avaient prê-





Source : GAUDET, Placide. Le Grand Dérangement : Sur qui retombe la responsabilité de l'Expulsion des Acadiens, Ottawa, Ottawa Printing, 1922, 84 p.