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34 LE GRAND DÉRANGEMENT  
mal d'yeux qui le faisait beaucoup souffrir, il demanda à repasser en ANGLETERRE pour suivre un traitement. Cette permission lui fut accordée, mais sur la recommandation de Cornwallis auprès des autorités de Whitehall, le colonel Charles LAWRENCE, président du Conseil à Halifax, fut désigné pour commander en l'absence de HOPSON.

Le fondateur d'Halifax, en faisant nommer LAWRENCE commandant en chef de la Nouvelle-Écosse, savait que celui-ci saurait le venger de l'humiliation que les Acadiens lui avaient fait éprouver. Pendant les trois années qu'ils passèrent ensemble à Halifax, il eut plus d'une fois occasion de connaître le caractère de cet homme ambitieux, flatteur, cupide, féroce, sans entrailles. Il savait également qu'il était capable, secondé par William Shirley, gouverneur de la baie du Massachusetts, d'entreprendre, d'accomplir des actes les plus audacieux, les plus inhumains. Il ne s'est pas trompé.

La question du serment n'était qu'un faux prétexte, un trompe-l'oeil. À diverses reprises, comme on vient de le voir, les Acadiens avaient prêté serment d'allégeance à la couronne d'ANGLETERRE, savoir en 1726, 1727, 1729, 1730 et 1748. Il est vrai que ce serment était conditionnel, mais ils l'observèrent religieusement, à l'exception d'une vingtaine qui se rangèrent du côté des troupes venues de Louisbourg en 1744, et de Québec en 1745 et 1746, pour s'emparer de l'Acadie.

Et cependant, que de lettres et de mémoires n'avait-on pas écrits auparavant, de Boston et d'Annapolis Royal, au secrétaire d'État et aux lords du Commerce et des Colonies, dans lesquels on disait qu'à la première rupture entre la France et l'ANGLETERRE les Acadiens se joindraient aux troupes françaises!

Ce fut pendant cette guerre de la Succession d'Autriche (1744-1748) que la neutralité des Acadiens fut mise à la plus grande épreuve. À l'exception d'une vingtaine, tous furent fidèles à leur serment.

LAWRENCE ne devait pas ignorer ces faits. Cependant, on vient de lire les perfides accusations qu'il portait contre eux, le 1er août 1754, aux lords du Commerce et des Colonies, au moment où il tramait avec Shirley leur enlèvement de l'Acadie. Il mentait donc effrontément en disant à ces lords qu'il était loin de vouloir entreprendre le bannissement des Acadiens sans l'autorisation de leurs Seigneuries, puisque, de concert avec Shirley, il fit lever, avant d'en avoir été autorisé, un régiment de troupes irrégulières pour chasser d'abord les troupes françaises qui étaient à Beauséjour, à Gaspareau et à la rivière St-Jean, et ensuite pour déporter les Acadiens. Shirley, par sa lettre du 6 janvier 1755, à LAWRENCE,





Source : GAUDET, Placide. Le Grand Dérangement : Sur qui retombe la responsabilité de l'Expulsion des Acadiens, Ottawa, Ottawa Printing, 1922, 84 p.