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  LE GRAND DÉRANGEMENT 17
LAWRENCE prend bien garde d'annoncer au secrétaire d'État que l'expulsion des Acadiens est déjà définitivement décidée, et il ne souffle pas un traître mot de la présence de Boscawen et de Mostyn aux délibération du Conseil.

Quand cette dernière lettre parvint à ROBINSON, le 25 août, celui-ci, par sa dépêche de 13 du même mois, avait depuis douze jours répondu à la lettre de LAWRENCE du 28 juin précédent, reçue le 28 juillet en même temps que celle du 21 juin.

Rappelons-nous qu'à cette époque il n'y avait ni bateaux à vapeur, ni câble télégraphique. Les lettres ou dépêches étaient confiées aux capitaines des navires à voile qui ne pouvaient quitter un port sans être favorisés d'un bon vent. Quelquefois le trajet de l'océan se faisait assez rapidement, et d'autres fois, cela prenait au moins deux mois et même plus. C'est ainsi que la lettre de sir Thomas ROBINSON, du 13 août 1755, à LAWRENCE, n'arriva à HALIFAX que le 9 novembre suivant sur le sloop "OTTER" de Sa Majesté, Capitaine INNES, qui s'était rendu à Terreneuve avant d'entrer dans le havre d'HALIFAX.

Cette lettre est tellement importante que je me permets de la citer en entier. N'oublions pas que c'est la réponse à la lettre de LAWRENCE, du 28 juin précédent, dans laquelle étaient inclus les termes de la capitulation de Beauséjour. Voici: -

"Whitehall, 13 août 1755.

Monsieur,

Quelle que soit l'interprétation que donnent les Français au mot Pardonné dans le quatrième article de la Capitulation accordée au Commandant de la garnison de Beauséjour, vous dites par votre lettre du 28 juin que vous avez donné ordre au Colonel Monckton de chasser du pays à tout prix les habitants français qui ont abandonné leurs terres. On ne comprend pas clairement si vous avez l'intention de chasser tous les habitants français de la péninsule, dont le nombre s'élève à plusieurs mille, ou bien ceux que vous mentionnez dans l'état des forts français et anglais que le gouverneur Shirley m'a transmis dans sa lettre du 8 décembre dernier et dont le nombre s'élevait à 8,000 * familles établies dans cinq ou six villages, aux environs de Beauséjour; ou, enfin, si vous entendez parler seulement de ceux des habitants trouvés à Beauséjour, lors de l'évacuation de ce fort par sa gar-


* Ce chiffre de 8,000 est de beaucoup trop élevé; 1,000 serait plutôt dans les limites de la vérité.




Source : GAUDET, Placide. Le Grand Dérangement : Sur qui retombe la responsabilité de l'Expulsion des Acadiens, Ottawa, Ottawa Printing, 1922, 84 p.