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  LE GRAND DÉRANGEMENT 11
extraits de la lettre de LAWRENCE. Il lui fallait donner une excuse de son crime. On sait que la prestation du serment n'était qu'un prétexte pour pouvoir chasser les ACADIENS qui, tous, étaient volontiers de renouveler le serment prêté en 1729 et 1730 et même en 1748 à la Grand-Prée. Ces mensonges peignent bien leur auteur, pour qui tous les moyens sont bons afin d'arriver à son but.

À présent, insérons ici la dépêche-circulaire que LAWRENCE adressa aux gouverneurs de la NOUVELLE-ANGLETERRE et autres provinces qui forment aujourd'hui les États-Unis d'Amérique. Elle est datée d'Halifax, le 11 août 1755, et il en envoya, par sa dépêche du 18 octobre suivant, une expédition au Secrétaire d'État et une autre aux lords commissaires du Commerce et des Colonies. 16 Elle va nous édifier sur la véracité de LAWRENCE. Voici

"Service de Sa Majesté.

Caroline du Nord.

À l'honorable Arthur Dobbs, écuyer, capitaine général et gouverneur pour Sa Majesté de la province de la Caroline du Nord en Amérique ou au commandant en chef en exercice, de la dite province.

Halifax, Nouvelle-Écosse, 11 août 1755.

Monsieur, - Le succès de l'entreprise de chasser les Français des endroits qu'ils avaient empiétés dans cette province, a eu un effet tel que j'en ai profité pour soumettre les habitants français de cette colonie aux volontés de Sa Majesté et du gouvernement ou les contraindre à quitter le pays. Ces habitants ont eu la permission de rester en possession de leurs terres, à condition de prêter le serment d'allégeance dans l'intervalle d'une année après le traité d'Utrecht, par lequel cette province fut cédée à la Grande-Bretagne. Ils ont toujours refusé de se soumettre à cette condition, sans la promesse écrite du gouverneur qu'ils ne seraient pas appelés à prendre les armes pour la défense de la province. Le général Phillips leur fit cette concession que Sa Majesté a désapprouvée, et depuis, les habitants se prétendent sur un pied de neutralité entre Sa Majesté et ses ennemis, ont continuellement entretenu des intelligences avec les Français et les sauvages, leur ont procuré des refuges, des vivres et autres secours et causé des ennuis au gouvernement. Pendant que les uns favorisaient les empiétements des Français par leurs trahisons, les autres les supportaient au moyen de la rébellion ouverte.


(16) C.O. 5, vol. 16, fol. 155.




Source : GAUDET, Placide. Le Grand Dérangement : Sur qui retombe la responsabilité de l'Expulsion des Acadiens, Ottawa, Ottawa Printing, 1922, 84 p.