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40 LE GRAND DÉRANGEMENT  
d'entre eux en qui on ne pouvait reposer aucune confiance, mais la citation qu'il fait de la demande de l'ambassadeur français en mai 1755, et d'après les instructions données par le roi, en réponse à cette demande, il est clair que Robinson aurait désapprouvé et regretté une mesure ordonnant l'expulsion d'un grand nombre d'Acadiens.

De plus, il me semble qu'on ne peut pas dire que Robinson a approuvé ou projeté la déportation des Acadiens dans les colonies britanniques éloignées. Tout au plus a-t-il pu avoir en vue la déportation possible, sur le territoire occupé par les Français, de la partie récalcitrante de la population; autrement il n'aurait pas cité la remarque que la mesure proposée priverait la Grande-Bretagne d'un nombre très considérable de sujets utiles.

Je serais heureux de connaître les vues de M. Ewart sur le sujet.

Bien à vous,

E. LAFLEUR."

J'éviterai tout commentaire sur l'interprétation donnée par ces deux érudits juristes, si ce n'est que, d'après ma connaissance des documents relatifs à la question, sir Thomas Robinson n'avait point en vue d'ordonner la déportation des Acadiens de la péninsule, il ne visait que ceux de Chignictou, et en cela il se basait sur la LETTRE ambiguë de LAWRENCE, qui pouvait lui faire croire que c'était déjà un fait accompli.

Ci-suit un extrait d'une LETTRE inédite de LAWRENCE à MONCKTON. Elle est datée d'Halifax, le 25 juin 1755, soit neuf jours après la reddition du fort Beauséjour. Voici: "Je suis encore bien indécis au sujet du sort de vos habitants rebelles. Leur prétention qu'ils ont été forcés de prendre les armes est une insulte au bon sens, et comme ils méritent le plus sévère châtiment, je suis heureux de constater que vous avez soigneusement évité dans vos articles de capitulation (suivant le désir que je vous en exprimais dans ma LETTRE du 29 janvier) quoi que ce soit qui puisse permettre aux habitants de jouir à l'avenir de leurs terres et de leurs habitations, car je sais très bien si on leur permet de rester, ils nous seront pour toujours une douloureuse épine à souffrir. Avec leur aide, les Français seront en état de nous causer beaucoup de trouble et sans eux ils ne pourront entreprendre rien d'important. C'est pourquoi, bien que présentement votre peuple pourrait en profiter et s'en servir pour tous les travaux qui pourraient être faits sans s'exposer aux attaques des Sauvages, cependant, il me faudrait avoir des preuves de leur





Source : GAUDET, Placide. Le Grand Dérangement : Sur qui retombe la responsabilité de l'Expulsion des Acadiens, Ottawa, Ottawa Printing, 1922, 84 p.