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10 LE GRAND DÉRANGEMENT  
Un fait incompréhensible de la part de LAWRENCE, c'est que du 18 juillet 1755 au 18 octobre de la même année il n'écrivit pas une seule fois, ni au secrétaire d'État et ni aux lords commissaires du Commerce et des Colonies, c'est-à-dire durant trois mois. Et que faisait-il pendant ce temps? Il exécutait le plan infernal d'abord ourdi entre lui et Shirley, et ensuite sanctionné par Boscawen et Mostyn. Et quand tout fut accompli il rendit compte de l'action ignoble et barbare qu'il venait de commettre par la LETTRE suivante à sir Thomas ROBINSON. Cette dépêche est du 18 octobre 1755 et fut confiée à Boscawen, qui fit voile d'Halifax le lendemain pour Spithead (Angleterre), où il arriva le 16 novembre au matin. 14 Voici: "Depuis ma dernière LETTRE du 18 juillet 1755, dit LAWRENCE à ROBINSON, les députés français des différents districts ont comparu devant le conseil pour donner une réponse finale à la proposition qui leur avait été faite de prêter le serment d'allégeance à Sa Majesté, ce qu'ils refusèrent positivement, et bien qu'on ait employé tous les moyens pour leur faire comprendre leurs véritables intérêts et qu'on leur ait donné un temps suffisant pour délibérer mûrement sur la décision qu'ils allaient prendre, rien ne put les induire à acquiescer à des mesures compatibles à l'honneur de Sa Majesté et à la sécurité de sa province.

En présence de l'attitude des députés, le conseil s'est déterminé à obliger les habitants français à quitter la colonie, et s'est tout de suite occupé des mesures les plus promptes, les plus sûres, les plus économiques d'exécuter cette décision. Nous vîmes tout de suite que l'expulsion par la force des armes au Canada ou à Louisbourg causerait de grandes difficultés. En effet, par ce procédé, on aurait renforcé ces établissements d'un nombre considérable d'hommes, qui ont toujours été sans exception les ennemis acharnés de notre religion et de notre gouvernement, et qui seront irrités au plus haut degré de la perte de leurs biens. Le seul moyen qui nous parut convenable pour prévenir leur retour ou de les empêcher de se réunir en groupe considérable fut de les répartir entre les Colonies depuis la Georgie jusqu'à la Nouvelle-Angleterre. Nous avons donc nolisé, au taux le plus bas possible, des bâtiments pour les transporter; l'embarquement est très avancé; j'espère que quelques vaisseaux ont déjà mis à la voile et qu'à la fin du mois prochain il n'y en aura plus un seul dans la province." 15

Je ne m'arrêterai pas à relever les mensonges éhontés ayant trait à la prestation du serment d'allégeance que renferment ces


(14) Admirals Journals, vol. 3.
(15) C.O. 5, vol. 16, fol. 155.




Source : GAUDET, Placide. Le Grand Dérangement : Sur qui retombe la responsabilité de l'Expulsion des Acadiens, Ottawa, Ottawa Printing, 1922, 84 p.