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28 LE GRAND DÉRANGEMENT  
"Il nous sera toujours agréable d'être informés de tout ce qui se passe dans votre province, et quand même rien d'important ne se produirait il nous fera toujours plaisir de connaître que la paix et la tranquillité règnent dans la province. Et les observations que les devoirs de vos fonctions vous permettront de nous faire sur l'état de la province en général ou sur quelques sujets s'y rapportant, nous seront toujours utiles et profitables." 41

Les quatre lettres que les lords commissaires avaient reçues de LAWRENCE leur avaient fait connaître quelle sorte d'homme il était, et les éloges qu'ils lui prodiguent le gonflèrent et stimulèrent davantage son zèle à dénigrer les Acadiens et leurs missionnaires.

Mais reprenons la suite de la dépêche des lords commissaires, du 4 avril. L'extrait que je vais en citer, bien que long, est la réponse aux PLAINTES proférées contre les Acadiens par la lettre de LAWRENCE du 5 décembre 1753. Voici: "Nous sommes chagrins de constater que les habitants français, bien que paisibles sous tous autres rapports, soient si portés aux procès et aux chicanes entre eux, et nous en sommes affectés parce que, comme vous l'observez avec justesse, il sera impossible d'en arriver à une détermination judicieuse sur ces disputes sans leur reconnaître un droit légal aux terres qui sont la cause des présentes difficultés et auxquelles, en vertu de la loi et en vertu du traité d'Utrecht, et en vertu des instructions de Sa Majesté, ils n'ont, de fait, aucun droit sur leurs propriétés qu'à la condition de prêter serment d'allégeance absolue et complète sans aucune restriction quelconque. Cet état d'incertitude et d'indécision est certainement un obstacle à l'industrie et à la tranquillité de ses habitants; mais nous ne voyons pas comment ces disputes pourraient être décidés pour le bien général de la province sans leur consentement absolu, et c'est pourquoi il serait à propos de leur exposer que tous les délais dont ils se plaignent viennent de leur obstination à refuser d'accepter cette condition.

Nous n'avons aucune objection à l'idée que vous proposez d'envoyer quelques personnes d'influence parmi ces habitants pour tâcher de la apaiser, pour examiner et entendre leurs PLAINTES, mais nous craignons qu'il leur soit impossible de suivre aucune procédure judiciaire, car il leur faudra prendre grand soin de ne rien faire qui puisse tendre à admettre chez ces habitants un droit à leurs terres avant qu'ils aient accepté le serment d'allégeance.

Plus nous considérons ce point, plus il nous paraît bon et difficile, car d'un côté il faut prendre grand soin d'éviter de les alarmer, et de créer dans leur esprit une telle défiance qui pour-


(41) Nova Scotia A., vol. 55, fol. 54.




Source : GAUDET, Placide. Le Grand Dérangement : Sur qui retombe la responsabilité de l'Expulsion des Acadiens, Ottawa, Ottawa Printing, 1922, 84 p.