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  LE GRAND DÉRANGEMENT 31
La seule conséquence fâcheuse qui peut résulter de leur départ serait qu'ils prendraient les armes, qu'ils se joindraient aux Indiens pour ruiner nos établissements, vu qu'ils sont nombreux et que nos troupes sont très disséminées, bien que je croie qu'une partie des habitants accepteront n'importe quelle condition plutôt que de prendre les armes soit d'un côté ou de l'autre. Mais cela n'est qu'une simple conjecture, sur laquelle on ne peut se risquer dans des circonstances aussi critiques. Cependant, si Vos Seigneuries étaient d'opinion que nous ne sommes pas suffisamment forts pour prendre une décision aussi importante, nous pourrions parer à beaucoup d'inconvénients en construisant un fort ou quelques blockhouses sur la rivière Chibénekadie; cela rendrait très difficile leurs communications avec les Français, les empêcherait entièrement de leur fournir du bétail, mettrait fin à la désertion des Allemands et fermerait les principales passes par lesquelles les Sauvages nous ont jusqu'à présent ennuyés." 43

Et plus loin, dans la même lettre, LAWRENCE ajoute: "Mais j'ai grand peur qu'on ne puisse jamais arriver à écarter absolument et effectivement ce mal (evil) tant que les Français possèderont le côté nord de la baie de Fundy, et ce, non seulement parce qu'ils sont les instigateurs, mais parce qu'ils leur fournissent des provisions et les protègent pendant les saisons de l'année où, comme le remarquent Vos Seigneuries, ils résident généralement avec leurs familles, justement à l'époque où l'on attaque avec succès les Sauvages des autres colonies." 44

Les lords commissaires du Commerce et des Colonies soumirent le 31 octobre 1754, au secrétaire d'État, des extraits de la longue lettre de LAWRENCE du 1er août 1754. Mais ces extraits n'ont pas trait au sujet dont il est question plus haut. Qu'on en juge par le premier paragraphe de cette lettre, lettre datée de Whitehall, le 31 octobre 1754, et adressée à Robinson. Voici: "Nous avons reçu, dernièrement, une lettre de Charles LAWRENCE, écr., lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Écosse, en date du 1er août dernier. En outre des affaires générales de la province, cette lettre contient un rapport sur les forces et les agissements des Français à leurs différents forts et établissements à Beauséjour, à la rivière St-Jean et à la baie Verte dans cette province de Sa Majesté, mais nous croyons qu'il est notre devoir de vous transmettre un extrait de tout ce qui, dans cette lettre, se rapporte à ce sujet, et nous espérons qu'il vous plaira de le soumettre à Sa Majesté." 45


(43) Nova Scotia A., vol. 55, fol. 189.
(44) Ibid., fol. 203.
(45) Nova Scotia A., vol. 56, fol. 151.




Source : GAUDET, Placide. Le Grand Dérangement : Sur qui retombe la responsabilité de l'Expulsion des Acadiens, Ottawa, Ottawa Printing, 1922, 84 p.