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22 LE GRAND DÉRANGEMENT  
de la province le printemps prochain; il n'est pas besoin d'avoir de crainte à ce sujet, car, bien que l'expulsion des Neutres et la perte de Beauséjour et de leurs autres possessions doivent les avoir extrêmement décontenancés dans leurs projets sur cette partie du pays, cependant, comme nos opérations militaires (celles des Anglais) dans l'ouest n'ont pas été heureuses, les Français qui, en premier lieu, tremblaient pour Québec, voudront certainement prendre leur revanche sur la Nouvelle-Écosse quand ils verront que la Pointe-à-la-Chevelure (Crown Point) et Niagara sont à l'abri des coups de Dungan. Il demande des RENFORTS de troupes, car le recrutement dans les provinces (de la Nouvelle-Angleterre) est très difficile. Il continue par énumérer tous les raisons qui l'engagent à demander instamment ces RENFORTS et il termine sa longue lettre comme suit: "Je suis moralement convaincu, milord, que si, il y a douze mois passés, une assemblée eût été convoquée - supposons la chose praticable - rien de ce qui a été accompli dans cet espace de temps n'eût pu être entrepris, et la province, si elle n'était pas actuellement entre les mains des Français, elle leur serait au moins une proie bien plus facile, ou je me trompe grandement.

Si, en cette circonstance ou en toute autre occasion, j'ai négligé de soumettre à Votre Seigneurie ou au bureau des lords commissaires les affaires sur lesquelles j'aurais dû écrire ou donner des explications, c'est que la multiplicité des affaires graves que j'avais à régler justifierait ces omissions dans une certaine mesure et servirait à déterminer Votre Seigneurie à me continuer votre bienveillance pour tout ce qui a été fait jusqu'ici et pour tout ce que j'entreprendrai, à l'avenir, tant que j'aurai l'honneur d'occuper les importantes fonctions qui m'ont été confiées. Maintenant, Milord, faites-moi la justice de croire qu'à l'avenir j'administrerai non-seulement avec la plus stricte justice, intégrité, et toute l'économie possible, mais que je veillerai toujours avec une vigilance attentive sur tout ce qui concerne la dépense des deniers publics. J'ai confiance que cette manière d'agir, et nulle autre, me conservera la bienveillante amitié de Votre Seigneurie, et la liberté de me souscrire très respectueusement, Milord,

De Votre seigneurie, le très-obligé et très-humble serviteur

CHAS. LAWRENCE.

"Halifax, 9 décembre 1755.

Le très honorable le comte d'Halifax." 23a


(23a) Chalmer's Collection in the Library of Congress, Washington.




Source : GAUDET, Placide. Le Grand Dérangement : Sur qui retombe la responsabilité de l'Expulsion des Acadiens, Ottawa, Ottawa Printing, 1922, 84 p.