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  LE GRAND DÉRANGEMENT 35
parlant des troupes irrégulières qu'on levait au Massachusetts pour aller s'emparer des forts français sur l'isthme de Chignictou, dit: "Il est tout possible qu'après le but de l'expédition atteint, il y aura occasion de garder plus longtemps quelques-unes des troupes irrégulières pour d'autres motifs."

Ces "autres motifs" (on other accounts) quoique non spécifiés, sont indubitablement l'enlèvement des Acadiens.

CHAPITRE ONZIÈME.

Réponse des LORDS commissaires du Commerce et des Colonies à LAWRENCE.

Les LORDS commissaires du commerce et des Colonies, auxquels LAWRENCE, par sa dépêche du 1er août 1754, proposait, si les Acadiens refusaient de prêter le serment d'allégeance à Sa Majesté britannique, "de les laisser partir", n'osant pas dire de les chasser comme c'était évidemment le fond de sa pensée, lui répondirent le 29 octobre 1754. On constatera, par les extraits de leur réponse qui vont suivre, que les LORDS prirent le plaidoyer de LAWRENCE comme un ensemble de faits véridiques. Voici ce qu'ils disent: "Après vous avoir mentionné notre appréhension d'une guerre avec les Sauvages, et indiqué en général les mesures nécessaires à suivre en cas d'un tel événement, cela nous porte à prendre en considération ce que vous dites concernant l'état de la province relativement aux habitants français. Ce sont ceux-ci qui ont jusqu'à présent coopéré avec les Sauvages pour mettre obstacle à l'établissement de la province (par des colons de langue anglaise). Et, comme vous le faites justement observer, cette obstruction continuera tant que les Français resteront en possession des forts et établissements à Beauséjour, à la baie Verte et à la rivière St-Jean. Et, quoique nous ne puissions pas former un jugement équitable, ou rendre une décision finale sur la mesure qu'il sera nécessaire de prendre à l'égard de ces habitants jusqu'à ce que nous ayons soumis toute l'affaire devant Sa Majesté et reçu là-dessus ses instructions, cependant, il ne serait pas tout à fait inutile de vous indiquer quelques mesures que l'on pourrait appliquer provisoirement jusqu'à ce que le bon plaisir de Sa Majesté soit connu.

Nous avions l'espoir que notre douceur envers ces gens, en leur accordant le libre exercice de leur religion et la paisible possession de leurs terres, nous auraient insensiblement gagné leur amitié et leur appui et les auraient détachés de leurs affections





Source : GAUDET, Placide. Le Grand Dérangement : Sur qui retombe la responsabilité de l'Expulsion des Acadiens, Ottawa, Ottawa Printing, 1922, 84 p.