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  LE GRAND DÉRANGEMENT 3
sembler de la même manière, au fort Édouard, les habitants de Piziquid et des villages adjacents. J'ai écrit aujourd'hui au colonel Lawrence pour lui faire connaître le plan que nous avons adopté."

Par sa lettre du même jour, Winslow dit: "Bien que nous soyons chargés d'un devoir pénible à remplir, je crois que les mesures prises sont nécessaires et je m'efforcerai de suivre rigoureusement vos ordres."

On a vu par l'extrait qui précède que Lawrence dit à Winslow de se "servir de ruse ou de force selon les circonstances," et Winslow nous apprend que le 30 août 1755 Murray et lui ont décidé de rassembler les habitants "sous le prétexte de leur communiquer les instructions du roi."

Ces mots "sous le prétexte de leur communiquer les instructions du roi" nous font voir que Winslow mentait effrontément en disant aux Acadiens réunis dans l'église de Saint-Charles de la Grand-Prée que "les ordres péremptoires de Sa Majesté sont que les habitants de ces districts soient déportés." Ces "ordres péremptoires," il les avait reçus de Lawrence. Et quand il dit aux Acadiens qu'il a entre les mains les instruction[s] du roi qu'il a reçues de Son Excellence le gouverneur Lawrence, il les trompe sciemment et impudemment. De plus Winslow eut la hardiesse de se servir du nom du roi d'Angleterre pour accomplir son rôle ignoble, se conformant en cela aux ordres de Lawrence de se "servir de ruse ou de force selon les circonstances."

CHAPITRE DEUXIÈME.

La question de déporter les Acadiens.

Ce point d'histoire étant réglé, examinons à présent si George II, roi d'Angleterre, ou son cabinet, sont impliqués dans la tragédie acadienne.

À diverses reprises il fut question de chasser les Acadiens et de les remplacer "par de bons sujets protestants." C'est surtout depuis la prise de Louisbourg par les Anglais, en 1745, que ce projet devint le sujet de nombreuses correspondances au secrétaires d'État de la part de Mascarène, Shirley, Knowles et autres.

Par sa lettre du 19 juillet (N.S.) 1747, (8 juillet vieux style) William Shirley, * gouverneur de la province du Massachusetts, fait


* Willam Shirley, né dans le comté de Sussex, en Angleterre, le 2 décembre 1694, mort à Roxbury, Mass., le 24 mars 1771.




Source : GAUDET, Placide. Le Grand Dérangement : Sur qui retombe la responsabilité de l'Expulsion des Acadiens, Ottawa, Ottawa Printing, 1922, 84 p.