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58 LE GRAND DÉRANGEMENT  
La seconde paroisse est la Rivière-aux-Canards. Elle a pour curé M. Miniac, grand archidiacre et vicaire général du diocèse de Québec. Il y a six lieues de pays bien cultivé; on y compte six cents communiants (soit 900 âmes ou 180 familles).

La troisième est la Grand-Prée. Elle a pour curé M. de la Goudalie, Grand-Vicaire de l'Acadie. Il y a quatre à cinq lieues de pays bien cultivé; on y compte mille communiants (soit 1,500 âmes ou 300 familles)."

Belcher donne aux Mines, en juillet 1755, une population de 300 familles formant 1,500 âmes. Ou il omet celle de la Rivière-aux-Canards pour se refugier soit dans le district de Beauséjour, soit à l'Île St-Jean, soit encore à la rivière St-Jean. Il est évident que par les Mines, Belcher entend les paroisses de la Grand-Prée et de la Rivière-aux-Canards.

Quand et sous quel prêtre fut bâtie l'église de Saint-Charles de la Grand-Prée, dans laquelle nos pères tombèrent, le 5 septembre 1755, dans le guet-apens que leur avait tendu Winslow? Comme cette paroisse était composée de "gens riches", ainsi qu'on vient de le voir par le document fait à Louisbourg le 28 novembre 1731, il est raisonnable de croire qu'ils se construisirent une grande et belle église pour remplacer celle bâtie vers 1689, devenue trop petite. Tout me porte à croire que cette église fut érigée, soit entre les années 1715 et 1724, sous l'administration du Père Félix PAIN, Récollet, soit entre les années 1730 et 1740, sous celle de l'abbé Charles de la Goudalie. Je ne trouve nulle part mention de l'érection de cette église dans les documents que nous avons aux archives publiques du Canada. Autant que possible, l'église qu'on bâtira dans le Parc commémoratif de la Grand-Prée sera semblable à celle qu'il y avait là en 1755.

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Sous la rubrique: The Historic Catholic Church of St. Charles at Grand-Pré, Madame M.J. Weatherbe, épouse de feu sir Robert L. Weatherbe, en son vivant juge de la Cour Suprême, résidant à la Grand-Prée, a publié dans le Halifax Herald, édition du samedi 9 mai 1896, un magistral et très sympathique article sur la Grand-Prée et la déportation des Acadiens. Il y figure un joli dessin représentant l'église et une partie du cimetière, fait par Karl Weatherbe, son fils. Cet article, qui prend dans le Herald plus de sept colonnes d'espace, mérite une bonne traduction française et publication en plaquette. Il en vaut la peine tant il est bien fait.





Source : GAUDET, Placide. Le Grand Dérangement : Sur qui retombe la responsabilité de l'Expulsion des Acadiens, Ottawa, Ottawa Printing, 1922, 84 p.