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54 LE GRAND DÉRANGEMENT  
les marais, tua nombre de bestiaux, incendia presque toutes les maisons et fit plusieurs prisonniers. Après quoi il leva l'ancre et fit voile vers Beaubassin.

L'année suivante, le roi faisait acheter, à Paris, un calice, un ciboire, un ostensoir en argent massif, et un ornement complet pour la paroisse de Saint-Charles des Mines, qui furent envoyés sur le vaisseau du roi le Profond au Rév. Père Patrice René, supérieur des Récollets à Port-Royal, pour être remis au Père Bonaventure Masson. C'était, dit le ministre, "pour remplacer une partie de ceux qui ont été pris par les Anglais aux Mines."

Le Père Bonaventure fut remplacé par un autre Récollet, le Père Félix Pain. Ce religieux fut amené de France, en 1701, par le gouverneur de Brouillan, en qualité d'aumônier des troupes à Port-Royal, poste qu'il garda jusqu'au mois d'octobre 1710, lors de la reddition du fort à Nicholson. Il se rendit alors à Beaubassin, qu'il desservit de 1710 à 1717 tout en étant curé des Mines depuis 1715. Il quitta la paroisse des Mines au mois d'août 1724 et se rendit à l'Île Royale, d'où il alla donner plusieurs missions à l'Île St-Jean. Bien que décédé bien des années avant le drame de 1755, Longfellow en fait, sous le nom de Père Félicien, un des personnages du poème Évangéline. C'était un homme fort intelligent et d'une grande habileté, qui rendit d'immenses services aux Acadiens pendant qu'il fut curé des Mines. Il fut le dernier des Récollets de la Province de Saint-Denis qui exerça son ministère aux Mines.

Les Pères Récollets de la Province de BRETAGNE remplacèrent à l'Acadie ceux de la Province de Saint-Denis. Des religieux de ces deux Provinces étaient à l'Île Royale depuis 1715, et même avant. Ceux de la Province de BRETAGNE avaient la desserte de Louisbourg et de quelques autres postes. C'est de Louisbourg que ces religieux arrivèrent en Acadie à la demande du commandant anglais d'Annapolis Royal, qui ne pouvait plus souffrir les Récollets de la Province de Saint-Denis. Malheureusement, parmi les sujets qu'on envoya en Acadie, il s'en trouva quelques-uns dont la conduite fut fort répréhensible, ce qui occasionna le rappel de tous ces religieux en 1726.

De 1724 à 1730 il n'y eut pas de prêtre résidant à la Grand-Prée. Aux registres de cette paroisse on trouve que le Père Isidore Colet, de la Province de BRETAGNE - que le lieutenant-gouverneur Doucet à Annapolis avait envoyé à Piziquit comme missionnaire résidant - desservit la Grand-Prée du mois d'octobre 1724 au mois de novembre de la même année. Les Acadiens de sa paroisse l'en chassèrent l'année suivante, à cause de sa mauvaise conduite. Un autre





Source : GAUDET, Placide. Le Grand Dérangement : Sur qui retombe la responsabilité de l'Expulsion des Acadiens, Ottawa, Ottawa Printing, 1922, 84 p.