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  LE GRAND DÉRANGEMENT 19
CHAPITRE SIXIÈME.

Où Lawrence avoue son crime.

Quand cette dépêche parvint à Lawrence, le 9 novembre 1755, l'EXPULSION des Acadiens était un fait accompli. Il ne restait plus qu'à déporter les habitants de la rivière Annapolis Royal et environ 600 des Mines, qu'on n'avait pu embarquer faute de bateaux.

Lawrence ne répondit à la dépêche de Robinson que le 30 novembre 1755. Citons-en quelques passages: "À l'égard du mot "pardonné", dit-il, dans le quatrième article de la capitulation de Beauséjour, et il en est fait mention par votre dépêche du 13 août, je crois que rien autre chose n'a été compris de part et d'autre si ce n'est que les habitants français trouvés dans le fort les armes à la main ne seraient pas mis à mort; car, bien qu'on eût dit au lieutenant-colonel Monckton - avant son départ - que les habitants français qui avaient déserté leurs terres devaient être expulsés, afin de leur enlever toute espérance, soit par capitulation ou autrement, d'être mis en possession de leurs biens, cependant, il n'a jamais été question de précipiter les choses en prenant des mesures propres à les jeter dans le désespoir ou de les faire émigrer au Canada."

Lawrence explique ensuite "quels sont les habitants compris sous la dénomination: "habitants français désertés", puis il ajoute: "ce fut seulement avec ces habitants que le lieutenant-colonel Monckton eut quelque chose à faire, car nous ne pouvions facilement, à cette époque, prévoir quel côté prendraient les habitants plus rapprochés de nous advenant la reddition de Beauséjour, parce qu'alors nous pensions qu'ils ne pourraient plus espérer d'obtenir des moyens de subsistance de la part des Français. Mais, lorsque nous vîmes que les habitants français, qui n'avaient pas déserté leurs terres, manifestaient les mêmes sentiments de déloyauté que ceux qui avaient abandonné leurs terres, et qu'ils refusaient positivement de prêter le serment d'allégeance, * nous avons alors jugé qu'il était grand temps d'agir - tant pour l'honneur de Sa Majesté que pour la conservation de cette province - nous avons jugé, dis-je, qu'il était grand temps que tous les habitants français, ceux qui n'avaient pas abandonné leurs terres comme ceux qui les avaient abandonnées, fussent embarqués sur des transports, mis hors de la province et dispersés dans les colonies avoisinantes. La plus grande partie est déjà expédiée et je me flatte qu'à l'heure qu'il est il n'en reste plus.


* Ceci est un mensonge éhonté, comme on pourra s'en rendre compte dans une autre partie de cette étude.




Source : GAUDET, Placide. Le Grand Dérangement : Sur qui retombe la responsabilité de l'Expulsion des Acadiens, Ottawa, Ottawa Printing, 1922, 84 p.