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52 LE GRAND DÉRANGEMENT  
heureux que Mgr O'Brien n'ait pas accepté l'offre qu'on lui fit alors de lui faire faire une transcription fidèle de ces très précieux documents, car quand il y consentit, en 1895, une bonne partie de ces registres avaient été détruits lors de la grande inondation qui eut lieu à l'automne de 1893. La surprise de l'archevêque fut donc grande en recevant cette transcription, qui ne commençait qu'en 1707 et finissait en 1748.

J'appris, à l'automne de 1893, que Mgr O'Brien savait où se trouvaient les registres de la Grand-Prée et je lui écrivis à cet effet. Voici ce que Sa Grandeur me répondit le 12 novembre 1893: "Les registres de l'église Saint-Charles de la Grand-Prée de 1687 ou 1688 à 1755 se trouvent à l'église Saint-Gabriel, Iberville, Louisiane. Il y a cinq ans, j'ai demandé vainement de les remettre à ce diocèse."

Par une autre lettre du même en date du 22 novembre 1895, il me dit: "J'ai été considérablement désappointé à la réception des copies des registres envoyées d'Iberville. La transcription en est très bonne, mais elle ne commence qu'en 1707 et il s'y rencontre de sérieuses lacunes. Le Dr Shea m'avait écrit que ces registres commençaient en 1688 - l'année que l'église fut ouverte. C'était un homme trop bien renseigné pour pouvoir se tromper au sujet de ces registres. Par conséquent, il a dû les voir là en 1887."

D'après ce dernier extrait, l'église de la Grand-Prée aurait été ouverte au culte en 1688. Cependant, par un "recensement de la colonie de l'Acadie", fait en 1689, on voit qu'à cette date il y avait un prêtre aux Mines, mais il n'est pas fait mention d'église, ce qui démontrerait que Shea est dans l'erreur quant à l'ouverture de cette église en 1688. C'est vraisemblablement en 1689 que cette église ou chapelle fut bâtie, bien qu'on commençât à tenir des registres en 1688.

La maison de Pierre Thériault dut servir de résidence au prêtre missionnaire qui y célébrait également la messe avant la construction de l'église vers 1689.

Deux ans après sa visite aux Mines, Mgr de SAINT-VALLIER accéda à la demande des habitants et leur donna pour premier missionnaire résidant l'abbé Jean Beaudoin, qui y passa quelques mois, puis alla à Beaubassin. Il fut remplacé par l'abbé Louis Geoffroy, sulpicien, qui avait accompagné le deuxième évêque de Québec lors de son premier voyage en Acadie, en 1686. Il y passa trois années, de 1689 à 1692. Ce fut probablement lui qui fit bâtir, vers 1689, une chapelle, qui servit d'église paroissiale. L'abbé Geoffroy installa aux Mines des écoles qui portèrent des fruits: les





Source : GAUDET, Placide. Le Grand Dérangement : Sur qui retombe la responsabilité de l'Expulsion des Acadiens, Ottawa, Ottawa Printing, 1922, 84 p.