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16 LE GRAND DÉRANGEMENT  
Le 21 juin, Lawrence écrit à Robinson: "Comme le bateau dépêché vers l'amiral Boscawen * est sur le point de partir, j'en profite pour vous faire savoir que j'apprends à l'instant même la prise du fort Beauséjour par le lieutenant-colonel Monckton à la tête des troupes que le gouverneur Shirley et moi avons levées l'hiver dernier, ainsi que je vous ai déjà informé." 18

Il parle ensuite du fortin de Gaspareau, puis il termine comme suit: "Je profiterai du départ du premier navire pour vous donner tous les détails, accuser réception et répondre à toutes les lettres que j'ai eu l'honneur de recevoir de vous, datées: une du 23 janvier, une autre du 10 mars, et la lettre du 16 avril, toutes trois reçues depuis ma dernière dépêche."

Cette lettre parvint au secrétaire d'État le 28 juillet.

Le 28 juin Lawrence écrit de nouveau à Robinson, lui donne les détails sur la reddition des forts Beauséjour et Gaspareau et lui envoie les articles de la capitulation du fort Beauséjour, dont le quatrième article se lit comme suit: "Pour les ACADIENS, comme ils ont été forcés de prendre les armes sur peine de vie, ils seront pardonnés pour le parti qu'ils viennent de prendre."

Mais faisant fi de ce quatrième article qu'il traite, à la manière allemande, comme un chiffon de papier, Lawrence ajoute dans sa lettre le paragraphe suivant: "Les habitants français réfugiés remettent leurs armes. J'ai donné ordre au lieutenant-colonel Monckton de les chasser à tout prix. Mais, cependant, il pourrait s'en servir, s'il en avait besoin, pour mettre ses troupes à couvert - vu que les casernes du fort français sont démolies - il pourra les employer à faire tous les travaux dont ils sont capables." 19

La lettre suivante que Lawrence écrivit à sir Thomas Robinson est du 18 juillet 1755, et le secrétaire d'État la reçut le 25 août de la même année. Lawrence y parle entre autres choses des mémoires que lui ont présentés les ACADIENS, de la prestation du SERMENT d'allégeance et de l'emprisonnement des députés pour avoir REFUSé de prêter le SERMENT sans condition. Puis il ajoute: "J'ai ordonné aux habitants français d'élire de nouveaux députés et ils doivent se rendre ici immédiatement. Je suis déterminé d'amener les habitants à se soumettre ou de purger la province d'aussi perfides sujets." 20


* Le 22 juin, Boscawen, d'après son journal, était en face de Louisbourg, en route pour Halifax.
(18) C.O. [5], vol. 16, fol. 11.
(19) C.O. 5, vol. 16, fol. 12.
(20) Nova Scotia A., vol. 58, fol. 35.




Source : GAUDET, Placide. Le Grand Dérangement : Sur qui retombe la responsabilité de l'Expulsion des Acadiens, Ottawa, Ottawa Printing, 1922, 84 p.