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32 LE GRAND DÉRANGEMENT  
Ils terminent leur lettre comme suit: "Dans ces circonstances, nous espérons que cette province continuera toujours à augmenter la production et le commerce de tous les articles qui lui sont naturels et avantageux, à moins qu'ils en soient empêchés par l'hostilité des Sauvages: un mal, (comme le remarque justement le colonel Lawrence) qu'on ne pourra jamais atteindre tant que les Français possèderont le côté nord de la baie de Fundy; et ce, non seulement parce qu'ils sont les instigateurs, mais parce qu'ils approvisionnent les Sauvages et leur accordent protection durant ces saisons de l'année où ils sont généralement avec leurs familles, justement à l'époque où l'on attaque avec le plus de succès les Sauvages des autres colonies." 46

Donnons ici un extrait d'une lettre de Lawrence, du 14 octobre 1754, aux lords commissaires du Commerce et des Colonies, savoir: "J'ai reçu, par bateau de Londres arrivé ici la semaine dernière, la commission de Sa Majesté me nommant lieutenant-gouverneur de cette province. Je prie Vos Seigneuries d'accepter mes plus sincères remerciements pour l'honneur que vous m'avez fait en me recommandant à Sa Majesté comme une personne digne d'une fonction aussi importante, que je m'efforcerai toujours de remplir avec la plus grande fidélité." 47

Avant de prendre connaissance de la réponse que firent à Lawrence les lords commissaires du Commerce et des Colonies, disons, en passant, un mot sur la question du SERMENT d'allégeance.

À peine arrivé à Halifax, en 1749, en qualité de gouverneur, Cornwallis convoqua les députés acadiens des divers districts, et exigea d'eaux et de leurs commettants qu'ils vinssent prêter SERMENT d'allégeance sans restriction aucune. Les instructions du roi d'Angleterre à son représentant à Halifax étaient, à ce sujet, formelles.

En 1726, les Acadiens de la rivière Annapolis Royal, entourés de la garnison du fort qui était sous les armes, et des canons braqués sur eux, * avaient prêté un SERMENT conditionnel, et l'année suivante,


(46) Nova Scotia A., vol. 56, fol. 153.
(47) Nova Scotia A., vol. 56, fol. 48.
* Jonathan Belcher, juge en chef à Halifax, dans son infâme mémoire préparé à l'avance pour justifier la déportation, et lu à la séance du Conseil, tenue à la maison de Lawrence, le 28 juillet 1755, en présence de Boscawen et de Mostyn, dit: "En 1725 (sic), lorsque le général Philipps (sic) envoya des troupes pour les forcer (les Acadiens) à prêter le SERMENT." 47a

Ceci se passa en 1726 et non en 1725, et ce fut le colonel Lawrence Armstrong, lieutenant-gouverneur de la province, qui commanda aux troupes de


(47a) N.S. A., vol. 58, fol. 39.




Source : GAUDET, Placide. Le Grand Dérangement : Sur qui retombe la responsabilité de l'Expulsion des Acadiens, Ottawa, Ottawa Printing, 1922, 84 p.