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8 LE GRAND DÉRANGEMENT  
Ce fut à la séance du 28 juillet 1755, à laquelle assistaient le vice-amiral Boscawen et le contre-amiral Mostyn, que furent examinées les mesures à prendre pour la déportation des Acadiens. En effet, voici ce qui est inscrit au procès-verbal de la séance de ce jour:

"Comme il a été déjà décidé de chasser de la province tous les habitants français, s'ils refusaient de prêter le serment, il ne me reste plus que d'examiner les mesures à prendre pour leur expulsion et les endroits sur lesquels ils seront dirigés. À l'unanimité, il est résolu que pour empêcher le retour des expulsés et des tentatives de leur part contre les colons qui hériteraient de leurs terres, il est bon de les distribuer entre les différentes colonies anglaises du territoire américain et de retenir les navires pour leur transport." 11

Il y a d'autres aspects à cette question qu'il nous faut étudier. D'abord nous venons de voir qu'à la séance du 14 juillet, Lawrence "informe le Conseil qu'il a reçu instruction de Sa Majesté de consulter le commandant en chef de la flotte sur toute question d'urgence concernant la sécurité de la province." Et par sa lettre du même jour à Boscawen, il dit: "Je dois vous informer que c'est le plaisir de Sa Majesté et de son Conseil de cette province que je sollicite l'honneur de votre présence à nos délibérations."

Faut-il entendre par là que Lawrence veut parler de la lettre-circulaire du secrétaire d'État, du 16 avril 1755, ou d'une dépêche qu'il aurait reçue antérieurement et qui nous est inconnue? Ici encore, nous marchons dans les ténèbres, et au risque de faire un faux pas ou de fausser la vérité historique, on est forcé de ne point se prononcer. Toujours le mystère et pas un seul rayon de clarté pour faire connaître la vérité! Le fil de la trame nous échappe toujours quand on croit pouvoir l'attacher à la main du roi George. Essayons si nous réussirons mieux en imputant à Lawrence le crime du Grand Dérangement.

CHAPITRE QUATRIÈME

SHIRLEY et Lawrence - Où ce dernier dévoile son jeu.

Depuis de longues années, William SHIRLEY, gouverneur de la baie du MASSACHUSETTS, l'ennemi le plus acharné des Acadiens, et Charles Lawrence, qui n'avait jamais pu pardonner aux troupes françaises à Beauséjour, ainsi qu'aux Acadiens qui s'étaient rangés du côté du chevalier de La Corne, au printemps de 1750, qui


(11) Ibid. Fol. 200.




Source : GAUDET, Placide. Le Grand Dérangement : Sur qui retombe la responsabilité de l'Expulsion des Acadiens, Ottawa, Ottawa Printing, 1922, 84 p.